'
LE POINT DE VUE D’UN GÉNÉTICIEN
85
personne, en opposition (ou en surimposition) à un concept plus archaïque
d’appartenance (clan ou tribu). ll existe aussi d’autres biens comme la santé,
la qualité de vie, le travail ou la richesse, qui sont également respectables
mais qui, contrairement aux premiers, ne peuvent être également acquis ou
v
assurés de manière identique à tout individu parce que
de tels biens dépen—
dent en partie de la volonté humaine, puisqu’ils lui échappent en partie. Ce
.
sont des biens dont la valeur dépend du contexte et non des biens en soi.
Une règle d’action va alors tirer sa validation éthique du fait qu’elle respecte
ce que l’éthique a déni comme des valeurs universelles intangibles. En
réalité, la complexité des situations dans la vie réelle conduit obligatoirement
à des conits de valeurs et la réexion éthique consistera à opérer une
hiérarchisation des valeurs en conflit propre
à résoudre la tension induite
par ce conit.
Ce sont des tensions de cet ordre que
connaissent nos sociétés à propos
de questions comme l’interruption volontaire de grossesse (IVG) ou
l’euthanasie, puisqu’il s’agit à chaque fois du respect de la vie opposé au
respect de la qualité de vie (du futur enfant, ou de la mère, ou du patient) ;
du statut de l’embryon opposé à celui d’une personne
née ; du respect de
la dignité d’une personne
soufante quand elle prétend que ce droit à la
dignité doit lui permettre d’être libre de considérer que son existence n’est
plus digne ; quand le médecin prétend, lui, qu’il a le devoir absolu de ne pas
tuer ; quand on considère que
la dignité de la personne
s’incarne dans le
respect d’un corps qui ne lui appartient pas,
car ce serait alors réduire ce
corps à un bien patrimonial alors que
le corps
est la personne,
indissociable
de l’esprit, tant qu’il y a vie (c’est pourquoi la commercialisation du sang
et
des organes
est interdite en France). Cet exemple de questions qui s’entre—
mêlent et s’enchaînent illustre comment une tension éthique peut naître
d’un écheveau inordonné d’énoncés, chacun isolément légitime puisque
respectant une valeur, mais contradictoires dans leur ensemble, et dont il
résulterait l’inaction si la réexion éthique ne tentait pas
de les hiérarchiser
an de donner un cadre éthique à l’action de l’homme.
Un cadre éthique à l’action ne suft pas toujours car, sauf exception,
les énoncés éthiques ne sont pas
unanimement partagés et doivent être
complétés par
des énoncés juridiques aux termes desquels la loi garantit la
légalité d’une action, fut—ce en dérogeant au respect de certaines valeurs si
le respect d’autres valeurs peut être considéré, dans des circonstances parti—
culières, comme supérieur au respect des précédentes.
C’est ainsi que
la loi
sur l’ÏVG afrme le primat du respect de la vie, puis énonce les conditions
,
LE POINT DE VUE D’UN GÉNÉTICIEN
85
personne, en opposition (ou en surimposition) à un concept plus archaïque
d’appartenance (clan ou tribu). ll existe aussi d’autres biens comme la santé,
la qualité de vie, le travail ou la richesse, qui sont également respectables
mais qui, contrairement aux premiers, ne peuvent être également acquis ou
v
assurés de manière identique à tout individu parce que
de tels biens dépen—
dent en partie de la volonté humaine, puisqu’ils lui échappent en partie. Ce
.
sont des biens dont la valeur dépend du contexte et non des biens en soi.
Une règle d’action va alors tirer sa validation éthique du fait qu’elle respecte
ce que l’éthique a déni comme des valeurs universelles intangibles. En
réalité, la complexité des situations dans la vie réelle conduit obligatoirement
à des conits de valeurs et la réexion éthique consistera à opérer une
hiérarchisation des valeurs en conflit propre
à résoudre la tension induite
par ce conit.
Ce sont des tensions de cet ordre que
connaissent nos sociétés à propos
de questions comme l’interruption volontaire de grossesse (IVG) ou
l’euthanasie, puisqu’il s’agit à chaque fois du respect de la vie opposé au
respect de la qualité de vie (du futur enfant, ou de la mère, ou du patient) ;
du statut de l’embryon opposé à celui d’une personne
née ; du respect de
la dignité d’une personne
soufante quand elle prétend que ce droit à la
dignité doit lui permettre d’être libre de considérer que son existence n’est
plus digne ; quand le médecin prétend, lui, qu’il a le devoir absolu de ne pas
tuer ; quand on considère que
la dignité de la personne
s’incarne dans le
respect d’un corps qui ne lui appartient pas,
car ce serait alors réduire ce
corps à un bien patrimonial alors que
le corps
est la personne,
indissociable
de l’esprit, tant qu’il y a vie (c’est pourquoi la commercialisation du sang
et
des organes
est interdite en France). Cet exemple de questions qui s’entre—
mêlent et s’enchaînent illustre comment une tension éthique peut naître
d’un écheveau inordonné d’énoncés, chacun isolément légitime puisque
respectant une valeur, mais contradictoires dans leur ensemble, et dont il
résulterait l’inaction si la réexion éthique ne tentait pas
de les hiérarchiser
an de donner un cadre éthique à l’action de l’homme.
Un cadre éthique à l’action ne suft pas toujours car, sauf exception,
les énoncés éthiques ne sont pas
unanimement partagés et doivent être
complétés par
des énoncés juridiques aux termes desquels la loi garantit la
légalité d’une action, fut—ce en dérogeant au respect de certaines valeurs si
le respect d’autres valeurs peut être considéré, dans des circonstances parti—
culières, comme supérieur au respect des précédentes.
C’est ainsi que
la loi
sur l’ÏVG afrme le primat du respect de la vie, puis énonce les conditions
,
