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REGARDS CROISÉS SUR LES QUESTIONS D’ÉTHIQUE
L ’ét/zique en général
Une question éthique se pose quand l’action de l’homme peut, directe—
ment ou indirectement, retentir sur la vie ou l’intégrité d’autres humains ;
il convient alors de juger cette action en fonction de la nature de ce retentissement. De par son développement, la science et les technologies associées
ont précisément donné à l’homme ce pouvoir d’action directe ou indirecte,
ce qui conduit de manière croissante l’activité scientique et technique à
une confrontation avec l’éthique. Alors que
la science est le domaine « de ce
qui est ou de ce qui n’est pas >>, énoncé descriptif dont le mode de validation
est l’expérimentation et l’argumentation critique fondée sur l’exercice de
la raison, l’éthique est le domaine « de ce qui doit ou ne doit pas
être >>,
énoncé normatif dont le mode de validation est le rapport à des valeurs ou
des principes qu’il convient de dénir puis de respecter.
Toute la question tourne alors autour des principes philosophiques qui
vont gouverner
la réflexion éthique conduisant à la dénition des valeurs
ou des principes, puis à la règle pratique qui montre comment l’action
humaine se révèle en accord avec ces valeurs ou ces principes. Il est alors
traditionnel, parce que cela est historique mais aussi parce que cela corres—
pond à une vraie fracture philosophique dans le mode de validation d’un
énoncé éthique, d’opposer l’éthique dite « déontologique >>, dont le représentant le plus illustre et l’initiateur fut Emmanuel Kant (1724—1806), à
l’éthique « utilitariste >> développée par John Stuart Mill (1806—1873).
Pour Kant, une action est éthiquement bonne si elle respecte le principe
fondamental « Ne traite pas autrui comme un moyen mais comme une fin >>.
Pour Mill, une action est éthiquement bonne si elle conduit « au plus grand
bonheur pour le plus grand nombre ». Dans certaines circonstances, _ces
deux
visions peuvent être en accord mais, le plus souvent, elles vont sé trouver en
conit car, selonla vision utilitariste, il est possible que l’action déroge au
principe du respect d’autrui si c’est pour le bien de la majorité. Mais, de
toute façon, ces deux approches supposent d’abord une dénition de ce
qu’est le « bien », ce qui ramène alors plus ou moins l’éthique utilitariste
dans le champ de l’éthique déontologique.
Pour l’éthique, une valeur est un « bien en soi >>, par exemple la vie, la
sûreté, la dignité du corps ou de l’esprit, dont l’universalité et le respect
« vont de soi >> parce qu’ils relèvent d’un postulat introduit par les philo—
sophes des lumières, par lequel fut fondé le concept moderne d’identité de la
REGARDS CROISÉS SUR LES QUESTIONS D’ÉTHIQUE
L ’ét/zique en général
Une question éthique se pose quand l’action de l’homme peut, directe—
ment ou indirectement, retentir sur la vie ou l’intégrité d’autres humains ;
il convient alors de juger cette action en fonction de la nature de ce retentissement. De par son développement, la science et les technologies associées
ont précisément donné à l’homme ce pouvoir d’action directe ou indirecte,
ce qui conduit de manière croissante l’activité scientique et technique à
une confrontation avec l’éthique. Alors que
la science est le domaine « de ce
qui est ou de ce qui n’est pas >>, énoncé descriptif dont le mode de validation
est l’expérimentation et l’argumentation critique fondée sur l’exercice de
la raison, l’éthique est le domaine « de ce qui doit ou ne doit pas
être >>,
énoncé normatif dont le mode de validation est le rapport à des valeurs ou
des principes qu’il convient de dénir puis de respecter.
Toute la question tourne alors autour des principes philosophiques qui
vont gouverner
la réflexion éthique conduisant à la dénition des valeurs
ou des principes, puis à la règle pratique qui montre comment l’action
humaine se révèle en accord avec ces valeurs ou ces principes. Il est alors
traditionnel, parce que cela est historique mais aussi parce que cela corres—
pond à une vraie fracture philosophique dans le mode de validation d’un
énoncé éthique, d’opposer l’éthique dite « déontologique >>, dont le représentant le plus illustre et l’initiateur fut Emmanuel Kant (1724—1806), à
l’éthique « utilitariste >> développée par John Stuart Mill (1806—1873).
Pour Kant, une action est éthiquement bonne si elle respecte le principe
fondamental « Ne traite pas autrui comme un moyen mais comme une fin >>.
Pour Mill, une action est éthiquement bonne si elle conduit « au plus grand
bonheur pour le plus grand nombre ». Dans certaines circonstances, _ces
deux
visions peuvent être en accord mais, le plus souvent, elles vont sé trouver en
conit car, selonla vision utilitariste, il est possible que l’action déroge au
principe du respect d’autrui si c’est pour le bien de la majorité. Mais, de
toute façon, ces deux approches supposent d’abord une dénition de ce
qu’est le « bien », ce qui ramène alors plus ou moins l’éthique utilitariste
dans le champ de l’éthique déontologique.
Pour l’éthique, une valeur est un « bien en soi >>, par exemple la vie, la
sûreté, la dignité du corps ou de l’esprit, dont l’universalité et le respect
« vont de soi >> parce qu’ils relèvent d’un postulat introduit par les philo—
sophes des lumières, par lequel fut fondé le concept moderne d’identité de la
