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REGARDS (:R01SES SUR LES QUESTIONS D’ÉTHIQUE
d’assurer le lien et même le passage
entre le sacré et le profane ? Parmi eux,
je voudrais m’arrêter à ceux qui s’intéressent plus particulièrement à la
gestion du pur
et de l’impur.
L’idée de pureté a reçu, avec l’époque moderne, une portée philosophique («j’appelle pure, au sens transcendantal, toute représentation dans
laquelle il ne se trouve rien de ce qui appartient à l’expérience » écrit
Emmanuel Kant, dans sa Critique de la raison pure) et même esthétique (le
purisme a été « inauguré » en 1918 avec le manifeste d’Ozenfant et de
jeanneret, Après le Cubisme). Mais, à l’origine, cette idée contient un présup—
posé éthique : est pur ce qui est simple et sans mélange, sans souillure ni
tache. Idéal plus souvent recherché que réalité atteinte, la pureté fascine le
religieux et l’ascète, le pasteur
et le dèle, qui n’ont de cesse de suivre ou
d’imposer des règles de purication, au point parfois d’oublier leur nalité :
la paix du corps
et du cœur, le don de soi à la divinité ou aux autres
humains, etc. Au point aussi de rapprocher jusqu’à confondre la pureté
avec le bien, l’impureté avec le mal. Et le champ de la sexualité a souvent
été un terrain de prédilection pour les moralistes de toutes les époques. Or,
un tel rapprochement me paraît déplacé, voire erroné. Ces pages ne sont
pas
le lieu pour s’y attarder, ni pour s’en plaindre ; je me contenterai de
proposer une autre perspective.
.
S’il convient d’opérer un rapprochement des termes de pureté et d’im—
pureté, ce n’est pas avec ceux de bien et de mal, mais plutôt de propre
et
d’impropre. Propre désigne avant tout ce qui n’appartient qu’à l’être ou
l’objet considéré, bref sa propriété. Par extension, il peut désigner non
seulement ce qui est sans mélange, sans souillure (et il devient alors le syno—
nyme immédiat de pur), mais aussi ce qui convient à un usage spécique.
Cette seconde assertion mérite notre intérêt et peut guider, je crois, notre
interprétation des notions de pureté et d’impureté. Pour m’en tenir à la
seule idée de purication, je dirai que purier, c’est rendre à un être, à un
objet, son caractère particulier, le rendre à son usage normal. Ni plus, ni
moins. Ainsi (et je crois l’exemple suivant assez représentatif), il ne faudrait
pas interpréter les rites de purication des jeunes accouchées comme une
forme d’exorcisme ou d’absolution. En donnant naissance à un enfant, la
femme n’a en effet commis aucun mal. Elle a « touché » au divin lui-même,
source primordiale et ultime de la vie, et porte dès lors en elle une trace
divine qui la rend impropre à vivre une vie humaine normale. Elle doit donc
être puriée, rendue à l’existence qui était la sienne avant son accouchement
et qu’elle a, en quelque sorte, transgressée. Il n’y a, en tout cela, rien de
mauvais, de souillé, de malpropre.
REGARDS (:R01SES SUR LES QUESTIONS D’ÉTHIQUE
d’assurer le lien et même le passage
entre le sacré et le profane ? Parmi eux,
je voudrais m’arrêter à ceux qui s’intéressent plus particulièrement à la
gestion du pur
et de l’impur.
L’idée de pureté a reçu, avec l’époque moderne, une portée philosophique («j’appelle pure, au sens transcendantal, toute représentation dans
laquelle il ne se trouve rien de ce qui appartient à l’expérience » écrit
Emmanuel Kant, dans sa Critique de la raison pure) et même esthétique (le
purisme a été « inauguré » en 1918 avec le manifeste d’Ozenfant et de
jeanneret, Après le Cubisme). Mais, à l’origine, cette idée contient un présup—
posé éthique : est pur ce qui est simple et sans mélange, sans souillure ni
tache. Idéal plus souvent recherché que réalité atteinte, la pureté fascine le
religieux et l’ascète, le pasteur
et le dèle, qui n’ont de cesse de suivre ou
d’imposer des règles de purication, au point parfois d’oublier leur nalité :
la paix du corps
et du cœur, le don de soi à la divinité ou aux autres
humains, etc. Au point aussi de rapprocher jusqu’à confondre la pureté
avec le bien, l’impureté avec le mal. Et le champ de la sexualité a souvent
été un terrain de prédilection pour les moralistes de toutes les époques. Or,
un tel rapprochement me paraît déplacé, voire erroné. Ces pages ne sont
pas
le lieu pour s’y attarder, ni pour s’en plaindre ; je me contenterai de
proposer une autre perspective.
.
S’il convient d’opérer un rapprochement des termes de pureté et d’im—
pureté, ce n’est pas avec ceux de bien et de mal, mais plutôt de propre
et
d’impropre. Propre désigne avant tout ce qui n’appartient qu’à l’être ou
l’objet considéré, bref sa propriété. Par extension, il peut désigner non
seulement ce qui est sans mélange, sans souillure (et il devient alors le syno—
nyme immédiat de pur), mais aussi ce qui convient à un usage spécique.
Cette seconde assertion mérite notre intérêt et peut guider, je crois, notre
interprétation des notions de pureté et d’impureté. Pour m’en tenir à la
seule idée de purication, je dirai que purier, c’est rendre à un être, à un
objet, son caractère particulier, le rendre à son usage normal. Ni plus, ni
moins. Ainsi (et je crois l’exemple suivant assez représentatif), il ne faudrait
pas interpréter les rites de purication des jeunes accouchées comme une
forme d’exorcisme ou d’absolution. En donnant naissance à un enfant, la
femme n’a en effet commis aucun mal. Elle a « touché » au divin lui-même,
source primordiale et ultime de la vie, et porte dès lors en elle une trace
divine qui la rend impropre à vivre une vie humaine normale. Elle doit donc
être puriée, rendue à l’existence qui était la sienne avant son accouchement
et qu’elle a, en quelque sorte, transgressée. Il n’y a, en tout cela, rien de
mauvais, de souillé, de malpropre.
