DE L’ENFOUISSEMENT À LA TRANSGRESSION
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motif principal de défendre notre patrimoine de toute tentative d’appro—
priation, de commercialisation ou de modication. L’eugénisme, nous le
savons, n’a pas disparu avec la découverte des camps d’extermination nazis ;
la tentation d’améliorer la race humaine, en la débarrassant de ses tares,
en modiant ses caractéristiques, continue à exercer sa fascination.
Pour autant, était—il, est—il encore raisonnable de déclarer intouchable le
génome humain ? S’il peut être envisagé, voire imposé, de ne pas intervenir
volontairement au niveau de sa composition, il ne faut pas oublier que le
vivant, du gène à la biosphère, est caractérisé par une propension à évoluer
sans cesse, à franchir les barrières de nos distinctions, classications, spécications. Est—ce à dire que
la transgression (j’entends le passage du sacré
au profane, leur mélange) appartient à cela même que nous considérons
comme sacré ? Revenons maintenant au domaine du nucléaire, pour nous
demander si lui aussi n’a pas recours aux notions de sacré et de profane,
comme à celle de transgression.
Personne, de fait, n’a jamais pensé, ni osé déclarer sacrés les déchets
radioactifs“; pour autant, les attitudes qu’ils provoquent ou imposent ne sont
pas sans analogie avec les deux dénitions précédentes, au point de pouvoir
se demander si l’enfouissement ne pourrait pas
être considéré, analogique—
ment parlant, comme une forme de sacralisation. Est—ce déplacé ou exagéré ?
La question mérite d’être posée.
Les ressemblances pratiques et architecturales ne peuvent évidemment
pas être totalement ignorées : si les lieux de stockage ne ressemblent pas
à
des cathédrales (mieux vaudrait penser aux tours de refroidissement des
centrales électriques), leur accès est aussi contrôlé qu’un « saint des saints »,
réservé à un « clergé » de spécialistes. Les déclarations, les prises de position,
les débats, suscités par
la gestion de ces déchets ne sont pas non plus tota—
lement dénués d’analogies avec le domaine religieux : les défenseurs
nucléaire comme ses opposants
ont leurs grand—messes et leurs chapelles,
leurs magistères et leurs hérétiques, leurs prophètes et leurs martyrs. Mais
qu’en est—il de la transgression ?
Si la possibilité de la transgression apparait dans l’application de l’idée
de sacré au vivant, il ne faudrait pas
croire qu’elle s’y limite.je pense
même
qu’elle appartient à l’idée du sacré : pas de sacré ni de profane sans leur
possible transgression. Une telle afrmation peut a priori sembler surprenante, voire paradoxale. Pourtant, n’est—elle pas confirmée par
l’existence
des rituels, rites et pratiques religieuses qui ont précisément pour
mission
’
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