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REGARDS CROISÉS SUR LES QUESTIONS D’ETHIQUE
Il est normal d’avoir peur de la contamination, de la dissémination ou de
la prolifération, en matière de déchets radioactifs comme d’éléments trans—
géniques ; Hansjonas, dans son ouvrage Le pn'noipe responsabilité. Une éthique
pour la civilisation technologique (Cerfs—Passages, 1990), s’est fait le chantre de
ce qu’il nomme « l’heuristique de la peur » et qu’il place au fondement
d’une prise de conscience et des responsabilités, individuelle et collective.
je n’ai pas
à revenir sur ce premier motif qui a fait l’objet de la précédente
publication de l’Andra. Et la honte ? Ce sentiment n’a sans doute pas grand—
chose à voir avec les techniques et les produits de la transgenèse : ils nous
fascinent, autrement dit ils nous attirent en même temps qu’ils nous font
peur, mais ils ne nous font pas honte. Les déchets radioactifs, eux, peuvent
provoquer en nous un sentiment de honte parce qu’ils sont tout simplement
des résidus, des souillures, auxquels nous n’accordons pas
d’autre valeur
que celle du danger potentiel qu’ils comportent
et de la peur qu’ils génèrent
ainsi. Les enfouir, les cacher, les faire disparaître, n’est—ce pas
faire avec eux
ce que
l’humanité a toujours fait de ses déchets ? Il n’y a nalement là rien
d’autre que
de culturel. Seulement, il ne s’agit pas de déchets comme les
autres : les cacher par honte suscite une nouvelle forme de peur,
celle du
secret, celle que l’on puisse « nous cacher des choses ». Le syndrome français
(pour ne pas dire l’erreur) de Tchernobyl n’est pas près de disparaître. ..
Cette alchimie de passions, ce mélange de peurs
et de honte constitue
sans doute l’une des particularités de la gestion sociale, culturelle et éthique
des déchets radioactifs, en même temps que l’une de ses principales difcultés !
Est—elle si singulière pour ne pas
trouver d’analogue propre
à enrichir notre
réexion ?je ne le crois pas ; elle appartiendrait plutôt au champ, si vaste et
si varié, du sacré et du profane, du pur
et de l’impur.
Eloge de la transgression
'
Revenons—en aux dénitions les plus simples. Est dit profane ce qui se
trouve devant (pro) le lieu sacré (fanum, temple) , et non à l’intérieur ; est dit
sacré ce qui ne peut être touché sans être souillé ou sans souiller. Nul besoin
de s’étendre sur l’usage religieux de ces deux termes : il est commun à toutes
les sociétés et toutes les cultures humaines. Mais leur usage déborde parfois
ce champ traditionnel. Ainsi, il y a une dizaine d’années, alors que
le décryp—
tage du génome humain était entrepris et le débat suscité par
le génie géné—
_
tique particulièrement vif, nombreux furent ceux qui, scientiques ou non,
‘
déclarèrent sacré le génome humain. Une telle revendication avait pour
REGARDS CROISÉS SUR LES QUESTIONS D’ETHIQUE
Il est normal d’avoir peur de la contamination, de la dissémination ou de
la prolifération, en matière de déchets radioactifs comme d’éléments trans—
géniques ; Hansjonas, dans son ouvrage Le pn'noipe responsabilité. Une éthique
pour la civilisation technologique (Cerfs—Passages, 1990), s’est fait le chantre de
ce qu’il nomme « l’heuristique de la peur » et qu’il place au fondement
d’une prise de conscience et des responsabilités, individuelle et collective.
je n’ai pas
à revenir sur ce premier motif qui a fait l’objet de la précédente
publication de l’Andra. Et la honte ? Ce sentiment n’a sans doute pas grand—
chose à voir avec les techniques et les produits de la transgenèse : ils nous
fascinent, autrement dit ils nous attirent en même temps qu’ils nous font
peur, mais ils ne nous font pas honte. Les déchets radioactifs, eux, peuvent
provoquer en nous un sentiment de honte parce qu’ils sont tout simplement
des résidus, des souillures, auxquels nous n’accordons pas
d’autre valeur
que celle du danger potentiel qu’ils comportent
et de la peur qu’ils génèrent
ainsi. Les enfouir, les cacher, les faire disparaître, n’est—ce pas
faire avec eux
ce que
l’humanité a toujours fait de ses déchets ? Il n’y a nalement là rien
d’autre que
de culturel. Seulement, il ne s’agit pas de déchets comme les
autres : les cacher par honte suscite une nouvelle forme de peur,
celle du
secret, celle que l’on puisse « nous cacher des choses ». Le syndrome français
(pour ne pas dire l’erreur) de Tchernobyl n’est pas près de disparaître. ..
Cette alchimie de passions, ce mélange de peurs
et de honte constitue
sans doute l’une des particularités de la gestion sociale, culturelle et éthique
des déchets radioactifs, en même temps que l’une de ses principales difcultés !
Est—elle si singulière pour ne pas
trouver d’analogue propre
à enrichir notre
réexion ?je ne le crois pas ; elle appartiendrait plutôt au champ, si vaste et
si varié, du sacré et du profane, du pur
et de l’impur.
Eloge de la transgression
'
Revenons—en aux dénitions les plus simples. Est dit profane ce qui se
trouve devant (pro) le lieu sacré (fanum, temple) , et non à l’intérieur ; est dit
sacré ce qui ne peut être touché sans être souillé ou sans souiller. Nul besoin
de s’étendre sur l’usage religieux de ces deux termes : il est commun à toutes
les sociétés et toutes les cultures humaines. Mais leur usage déborde parfois
ce champ traditionnel. Ainsi, il y a une dizaine d’années, alors que
le décryp—
tage du génome humain était entrepris et le débat suscité par
le génie géné—
_
tique particulièrement vif, nombreux furent ceux qui, scientiques ou non,
‘
déclarèrent sacré le génome humain. Une telle revendication avait pour
