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REGARDS CROISÊS SUR LES QUESTIONS D’ETHIQUE
commun de l’humanité. Au choc de ces photos, s’est ajouté le poids des
mots des astronautes qui les ont prises. Edgar Mitchell, le sixième homme à
marcher sur la Lune, disait de la Terre : « Cette planète est merveilleuse,
harmonieuse, remplie de paix, bleue avec des nuages blancs, et elle vous
donne une profonde impression de foyer, d’être, d’identité. >> Le Français
Jean—Pierre Haigneré, qui ne s’est pas éloigné de la banlieue terrestre et a
séjourné six mois dans la station russe Mir, tient des propos un peu différents :
«
Si la Terre semble inniment grande, comment craindre sérieusement
'
qu’à l’échelle d’une génération ou de deux, il soit possible de la mettre en
péril ? Son observation depuis l’espace développe des sentiments inverses :
par exemple, que
la taille de notre planète est relativement modeste par
rapport à l’impact visible que nos activités ont sur elle ; ou encore, l’indis—
pensable notion de notre responsabilité vis—à—vis du caractère exceptionnel
que représente notre présence dans l’Univers. La très ne pellicule transpa—
rente d’atmosphère en suspension sur l’écorce terrestre paraît dans ces
conditions bien fragile face à son rôle essentiel de protection de la vie5. »
La « nouvelle idée » de la Terre, qu’appelle Hoyle de ses vœux, paraît
donc associer, en une intense fascination, deux sentiments : celui de l’admi—
ration et celui de la crainte. Admiration devant la beauté de cette planète
«
bleue comme une orange », dont nous connaissons chaque jour un peu
mieux, grâce au labeur des scientiques, la profondeur de l’histoire biolo—
gique, la diversité des niches écologiques et la complexité des grands
systèmes géologiques ou climatologiques. Crainte devant la responsabilité
de l’humanité à l’égard de ce monde (ou du moins de son environnement
le plus immédiat) dont il semble qu’elle puisse mettre en danger l’existence
même. Et si des esprits, des courants ou des traditions rêvent de trouver
dans l’espace cosmique un refuge, une solution de survie pour l’espèce
humaine, les astronautes sont les premiers à nous mettre en garde : pour
l’heure, nous n’avons pas d’autre Terre que la nôtre et le milieu qui l’entoure,
qui nous entoure, se révèle d’une hostilité et d’une inhospitalité extrêmes.
Il paraît encore bien éloigné le moment où l’humanité accomplira la
«
prophétie » de l’un des pères de l’astronautique, Konstantin Tsiolkovsky :
<<
La Terre est le berceau de l’Humanité ; mais nul ne peut éternellement
rester au berceau. » Pour l’heure, mieux vaut admettre que l’humanité est
embarquée, avec toutes les espèces vivantes, dans unmêine bateau ou,
l’image est plus juste encore, dans un même vaisseau spatial.
5.
jean—Pierre Haigneré,Jacques Arnould, CIwvaucheur des nuées, Paris, Solar, 2001, p.65.
REGARDS CROISÊS SUR LES QUESTIONS D’ETHIQUE
commun de l’humanité. Au choc de ces photos, s’est ajouté le poids des
mots des astronautes qui les ont prises. Edgar Mitchell, le sixième homme à
marcher sur la Lune, disait de la Terre : « Cette planète est merveilleuse,
harmonieuse, remplie de paix, bleue avec des nuages blancs, et elle vous
donne une profonde impression de foyer, d’être, d’identité. >> Le Français
Jean—Pierre Haigneré, qui ne s’est pas éloigné de la banlieue terrestre et a
séjourné six mois dans la station russe Mir, tient des propos un peu différents :
«
Si la Terre semble inniment grande, comment craindre sérieusement
'
qu’à l’échelle d’une génération ou de deux, il soit possible de la mettre en
péril ? Son observation depuis l’espace développe des sentiments inverses :
par exemple, que
la taille de notre planète est relativement modeste par
rapport à l’impact visible que nos activités ont sur elle ; ou encore, l’indis—
pensable notion de notre responsabilité vis—à—vis du caractère exceptionnel
que représente notre présence dans l’Univers. La très ne pellicule transpa—
rente d’atmosphère en suspension sur l’écorce terrestre paraît dans ces
conditions bien fragile face à son rôle essentiel de protection de la vie5. »
La « nouvelle idée » de la Terre, qu’appelle Hoyle de ses vœux, paraît
donc associer, en une intense fascination, deux sentiments : celui de l’admi—
ration et celui de la crainte. Admiration devant la beauté de cette planète
«
bleue comme une orange », dont nous connaissons chaque jour un peu
mieux, grâce au labeur des scientiques, la profondeur de l’histoire biolo—
gique, la diversité des niches écologiques et la complexité des grands
systèmes géologiques ou climatologiques. Crainte devant la responsabilité
de l’humanité à l’égard de ce monde (ou du moins de son environnement
le plus immédiat) dont il semble qu’elle puisse mettre en danger l’existence
même. Et si des esprits, des courants ou des traditions rêvent de trouver
dans l’espace cosmique un refuge, une solution de survie pour l’espèce
humaine, les astronautes sont les premiers à nous mettre en garde : pour
l’heure, nous n’avons pas d’autre Terre que la nôtre et le milieu qui l’entoure,
qui nous entoure, se révèle d’une hostilité et d’une inhospitalité extrêmes.
Il paraît encore bien éloigné le moment où l’humanité accomplira la
«
prophétie » de l’un des pères de l’astronautique, Konstantin Tsiolkovsky :
<<
La Terre est le berceau de l’Humanité ; mais nul ne peut éternellement
rester au berceau. » Pour l’heure, mieux vaut admettre que l’humanité est
embarquée, avec toutes les espèces vivantes, dans unmêine bateau ou,
l’image est plus juste encore, dans un même vaisseau spatial.
5.
jean—Pierre Haigneré,Jacques Arnould, CIwvaucheur des nuées, Paris, Solar, 2001, p.65.
