DE L’ENFOUISSEMENT À LA TRANSGRESSION
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Ainsi connaissons—nous plusieurs manières d’approcher l’éthique : de manière
subjective ou légaliste, selon un modèle social, religieux ou philosophique,
en se référant à une loi naturelle, etc. L’étymologie grecque (ethos et ethicos)
et latine (mas et months) propose
deux signications : d’une part, celle d’un
ensemble de règles en vigueur, respectées par les membres d’une société,
données comme guides de leur conduite et énoncées en termes de bien et
de mal ; d’autre part, celle d’une discipline philosophique qui rééchit à ces
règles, en recherche le fondement et les ns. Au « fais le bien, évite le mal »
s’ajoute souvent « choisis de t’humaniser toujours plus », ce quejean Bernard
résume dans la formule suivante : l’éthique est « garante de l’harmonie qui
résulte de la bonne tenue de l’âme et qui lui commande la juste place de
toute chose (et de tout acte) dans le monde3 ».
L’usage actuel cone le plus souvent au terme d’éthique le soin de dési—
gner
la démarche réexive et philosophique, et au terme de morale celui de
désigner les règles de conduite, surtout si celles—ci ont un caractère impératif
ou collectif (ce qui confère éventuellement au second terme une note péjo—
rative). Cette distinction n’est pas sans présenter des intérêts, le principal
étant de rappeler que
toute règle, norme ou loi qui prétend régir nos
conduites individuelles ou collectives peut,
et même doit, être soumise à
une analyse en termes d’action, de volonté, de valeur et de n : quelle est la
situation de la volonté face à l’action, en fonction d’une valeur et relativement
à une n ? Qui est le sujet, l’agent moral qui dit « je » ? Qu’en est—il du Bien,
du Vrai, du Beau ? Dans les travaux d’auteurs américains, l’abréviation EVS,
pour Ethics cmd Values Studies est parfois utilisée ; je crois qu’elle rend bien
compte de l’importance à accorder à la part philosophique de la réexion
éthique. En effet, si l’éthique et la morale se trouvent en permanence
confrontées au caractère concret, pratique de l’existence humaine, de la
réalité des choses, si elles s’énoncent et se concrétisent le plus souvent en
termes d’obligation, d’impératif ou de devoir, le sujet est capable de fonder
son jugement, de suivre sa conscience selon d’autres critères que
la seule
obéissance aveugle à une loi qui, de norme librement acceptée, risque toujours de prendre l’aspect d’une loi contraignante.
Autrement dit, l’éthique
et la morale offrent à l’individu un cadre à l’intérieur duquel celui—ci peut
s’exposer à autrui, se recevoir de lui dans un juste respect
de chacun.
3.
Cité dans Alain Pompidou, Souvims—toi de l’homme. L’éthique, la vie, la mort, Paris, Payot, 1990,
p. 10.
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