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REGARDS CROISÉS SUR LES QUESTIONS D’ÉTHIQUE
je puis désormais l’avouer : en écrivant ces lignes dans la précédente
publication de l’Andra, Faut—il avoir pour des déchets radioactifs ?’
, je pensais
naïvement avoir apporté une contribution sinon dénitive, du moins suffi—
sante à la réflexion engagée par
l’Andra en matière de gestion des déchets
radioactifs. Établir un lien entre la dimension culturelle propre
à l’humain
et la responsabilité en matière de déchets, radioactifs ou non, me paraissait
à la fois dédramatiser le terrain et répondre par
l’afrmative à la question :
« Y a—t—il une éthique de la gestion des déchets radioactifs ? >> Mais cette
réponse restait en n de compte sommaire et c’est pourquoi j’ai accepté de
poursuivre ma réflexion, sans davantage de compétence dans le domaine
nucléaire, en repartant simplement de l’endroit même oùje m’étais précédemment arrêté : « Du mythe d’lcare, apprenons qu’il peut être dangereux
de jouer trop près du soleil ; mais de celui de Dédale, retenons l’image
d’une humanité que
l’histoire fait sans cesse s’enfuir des labyrinthes de
l’ignorance pour
la pousser
vers les rivages des
»
De l’ignorance au possible : la démarche éthique
Quitter l’ignorance pour accomplir l’un des possibles qui s’offre à lui,
n’est—ce pas en effet une manière de définir la démarche éthique qui, au
cours de l’histoire de l’humanité, a souvent été formulée par
l’homme selon
deux modalités principales. « Comment doit—on vivre ?» se demandent
Socrate, les penseurs
de l’Antiquité et leurs héritiers ; « Que dois—je faire ? »
s’interroge, avec et après Kant, l’Homme moderne. La première formula—
tion trouve sa réponse dans un art de vivre et de mourir (modus oivendi et
modus morendi), l’imprégnation d’une n (le telos des Grecs) dont l’accom—
plissement nécessite souvent le délai d’une vie, le concret des habitudes, le
fruit des répétitions. La seconde formulation met au contraire l’accent sur
l’acte ponctuel, qui doit être référé à une loi, un devoir, une norme, une
obligation intérieure ou extérieure.
Quelles que soient les formules et les réponses qu’elles ont suggérées, il
n’a jamais été aisé de donner une définition convenable de l’éthique. .. sans
doute parce que le terme d’éthique fait partie de ces mots dont l’usage est
d’autant plus répandu que leur sens demeure approximatif ou diversié.
1.
Cf. Jacques Arnould, « Trop près du soleil ? Contribution du spatial à la réflexion sur la
gestion des déchets radioactifs », pp. 107—108.
2.
Idem, p. 122.
REGARDS CROISÉS SUR LES QUESTIONS D’ÉTHIQUE
je puis désormais l’avouer : en écrivant ces lignes dans la précédente
publication de l’Andra, Faut—il avoir pour des déchets radioactifs ?’
, je pensais
naïvement avoir apporté une contribution sinon dénitive, du moins suffi—
sante à la réflexion engagée par
l’Andra en matière de gestion des déchets
radioactifs. Établir un lien entre la dimension culturelle propre
à l’humain
et la responsabilité en matière de déchets, radioactifs ou non, me paraissait
à la fois dédramatiser le terrain et répondre par
l’afrmative à la question :
« Y a—t—il une éthique de la gestion des déchets radioactifs ? >> Mais cette
réponse restait en n de compte sommaire et c’est pourquoi j’ai accepté de
poursuivre ma réflexion, sans davantage de compétence dans le domaine
nucléaire, en repartant simplement de l’endroit même oùje m’étais précédemment arrêté : « Du mythe d’lcare, apprenons qu’il peut être dangereux
de jouer trop près du soleil ; mais de celui de Dédale, retenons l’image
d’une humanité que
l’histoire fait sans cesse s’enfuir des labyrinthes de
l’ignorance pour
la pousser
vers les rivages des
»
De l’ignorance au possible : la démarche éthique
Quitter l’ignorance pour accomplir l’un des possibles qui s’offre à lui,
n’est—ce pas en effet une manière de définir la démarche éthique qui, au
cours de l’histoire de l’humanité, a souvent été formulée par
l’homme selon
deux modalités principales. « Comment doit—on vivre ?» se demandent
Socrate, les penseurs
de l’Antiquité et leurs héritiers ; « Que dois—je faire ? »
s’interroge, avec et après Kant, l’Homme moderne. La première formula—
tion trouve sa réponse dans un art de vivre et de mourir (modus oivendi et
modus morendi), l’imprégnation d’une n (le telos des Grecs) dont l’accom—
plissement nécessite souvent le délai d’une vie, le concret des habitudes, le
fruit des répétitions. La seconde formulation met au contraire l’accent sur
l’acte ponctuel, qui doit être référé à une loi, un devoir, une norme, une
obligation intérieure ou extérieure.
Quelles que soient les formules et les réponses qu’elles ont suggérées, il
n’a jamais été aisé de donner une définition convenable de l’éthique. .. sans
doute parce que le terme d’éthique fait partie de ces mots dont l’usage est
d’autant plus répandu que leur sens demeure approximatif ou diversié.
1.
Cf. Jacques Arnould, « Trop près du soleil ? Contribution du spatial à la réflexion sur la
gestion des déchets radioactifs », pp. 107—108.
2.
Idem, p. 122.
