LES DECHETS RADIOACTIFS : LA MÉMOIRE EN QUESTIONS
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qu’elle améliore la situation. Or, dans la problématique qui nous concerne
ici, ce n’est plus le meilleur de soi que l’on lègue ni le devoir de le poursuivre,
mais au contraire des potentiels de « mutations, malformations », bref
d’altérité contradictoire avec la notion de continuité.
UN UNIVERS DE FANTASMES ET DE METAPHORES
Le poids de la transmission provoque une perception pathologique du
risque, une peur irrationnelle.
Pour le public, il ne s’agit pas, en effet, d’un déchet au sens cyclique d’une
dégradation progressive. Il ressort en partie de l’univers de la consommation,
comme un rebut devenu inutilisable. Il est également paré d’un sens imaginaire qui, lui, diabolise l’objet. Les déchets radioactifs sont perçus, dans une
optique presque religieuse, comme des éléments impurs, malins, mauvais
au sens spirituel du terme. Enn, c’est un reste actif, indélébile, et de plus
cumulatif.
L’ensemble de ces éléments tend à rendre encore plus problématique
l’image des déchets radioactifs, du fait même de leur statut indénissable.
En tant que produits du consumérisme, il apparaît inconcevable qu’ils
puissent conduire à des conséquences aussi dangereuses. En tant que
produits en dehors de la sphère de la consommation, ils sont illégitimes.
D’où une perception du déchet radioactif particulièrement fantasmatique.
Ne s’agit—il pas d’une spécicité de notre culture judéo—chrétienne, dans
laquelle l’histoire imminente est plus traumatisante que l’histoire tradition—
nelle qui sécurise et rassure sur l’identité en attribuant aux peuples des évé—
nements fondateurs ?
On ne se situe plus ici dans une notion de crainte d’un accident, d’un
événement brutal, comme ce fut le cas pour Tchernobyl, mais plutôt dans
la phobie diffuse : annoncer, prophétiser (les mauvaises nouvelles) n’est pas
prévoir, mais décrire le futur évident, les effets retardés mais certains.
Si l’on pousse le raisonnement des personnes interrogées, c’est la gure
dujugement dernier qui apparaît : sont évoqués l’Apocalypse, la Bible, les
toiles de jérôme Bosch.
..
Cette représentation d’autant plus fantasmatique qu’elle est, chez la
plupart des personnes interrogées, évitée — on n’y pense pas ou on ne veut
pas y penser —, peut puiser dans trois types d’imaginaire. Il s’agit d’abord des
fantasmes de trace : cela réfère à un passé qui ne se laisse pas réduire, “à
l’image du sang qui ne se lave pas. On est ici dans l’idée du péché originel
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