22
LA I’ERCEP'I‘ION m;s DÉCHETS RADIOACTIFS : MÉMOIRE ET ÊTHIQUE
récupération éventuelle). On touche au risque de remontée, bien sûr, mais
plus largement àla décision « régulière », celle que
l’on attend àla n, à savoir
la récupération. Ainsi, la perspective du risque n’est pensée, à ce niveau, que
dans l’idée nale d’une suppression du risque par retraitement dénitif des
déchets. Enn, l’information sur les sites renvoie àla transmission de la trace,
c’est—à—dire des informations, durant le temps d’activité des sites. C’est le
type de présence du passé qui a le moins d’impact temporel, l’inquiétude
jaillissantjustement du fait que ce passé ne peut être traité comme tel : il reste
toujours pérenne et marque également le futur.
UNE SYMBOLIQUE DE LA TRANSMISSION
Le poids de l’héritage — les déchets pour une longue période — provoque
une appréhension presque pathologique du choix, une culpabilité très nette.
Le moteur de cette culpabilité repose sur la symbolique de la transmission
et du facteur pervers que les déchets y introduisent.
En effet, la transmission, c’est avant tout un « don » valorisé, une circu—
lation de richesses dans le temps. On cherche à transmettre à ses enfants et
à leurs descendants des éléments positifs, des « bouts de soi >> : respect de soi
et des autres, sens de la responsabilité, amour d’autrui, goût du travail bien
fait, etc.
Parler de déchets radioactifs en termes de transmission, c’est donc inverser
le sens de cet échange : l’honneur devient déshonneur, la bénédiction, malé—
diction, les richesses, des poubelles et la valorisation une dévalorisation.
S’inverse également le rapport traditionnel des générations descendantes
qui doivent « respect » aux générations antérieures. Les déchets radioactifs
font que les générations futures n’ont plus de dette envers leurs ascendants,
mais au contraire une créance, et les descendants pas
de devoir, mais un
avoir.
Cette inversion des valeurs induit une inversion des injonctions. Il en va
.
ainsi de l’injonction de responsabilité : dans une vision naturelle de la chaîne
des générations humaines, c’est aux descendants de faire prospérer les
richesses qu’on leur lègue. Dans le cas des déchets radioactifs, le renversement
de situation est cuisant, puisque ce que l’on va léguer, c’est une minoration
de ce que l’on a connu, par exemple « l’appauvrissement des sols, la réduc—
tion de l’espace habitable ». Quant à l’injonction de continuité, elle se trouve
elle—même fortement remise en cause. On cherche normalement à se repro—
duire dans sa descendance et on attend d’elle qu’elle fasse comme soi,
LA I’ERCEP'I‘ION m;s DÉCHETS RADIOACTIFS : MÉMOIRE ET ÊTHIQUE
récupération éventuelle). On touche au risque de remontée, bien sûr, mais
plus largement àla décision « régulière », celle que
l’on attend àla n, à savoir
la récupération. Ainsi, la perspective du risque n’est pensée, à ce niveau, que
dans l’idée nale d’une suppression du risque par retraitement dénitif des
déchets. Enn, l’information sur les sites renvoie àla transmission de la trace,
c’est—à—dire des informations, durant le temps d’activité des sites. C’est le
type de présence du passé qui a le moins d’impact temporel, l’inquiétude
jaillissantjustement du fait que ce passé ne peut être traité comme tel : il reste
toujours pérenne et marque également le futur.
UNE SYMBOLIQUE DE LA TRANSMISSION
Le poids de l’héritage — les déchets pour une longue période — provoque
une appréhension presque pathologique du choix, une culpabilité très nette.
Le moteur de cette culpabilité repose sur la symbolique de la transmission
et du facteur pervers que les déchets y introduisent.
En effet, la transmission, c’est avant tout un « don » valorisé, une circu—
lation de richesses dans le temps. On cherche à transmettre à ses enfants et
à leurs descendants des éléments positifs, des « bouts de soi >> : respect de soi
et des autres, sens de la responsabilité, amour d’autrui, goût du travail bien
fait, etc.
Parler de déchets radioactifs en termes de transmission, c’est donc inverser
le sens de cet échange : l’honneur devient déshonneur, la bénédiction, malé—
diction, les richesses, des poubelles et la valorisation une dévalorisation.
S’inverse également le rapport traditionnel des générations descendantes
qui doivent « respect » aux générations antérieures. Les déchets radioactifs
font que les générations futures n’ont plus de dette envers leurs ascendants,
mais au contraire une créance, et les descendants pas
de devoir, mais un
avoir.
Cette inversion des valeurs induit une inversion des injonctions. Il en va
.
ainsi de l’injonction de responsabilité : dans une vision naturelle de la chaîne
des générations humaines, c’est aux descendants de faire prospérer les
richesses qu’on leur lègue. Dans le cas des déchets radioactifs, le renversement
de situation est cuisant, puisque ce que l’on va léguer, c’est une minoration
de ce que l’on a connu, par exemple « l’appauvrissement des sols, la réduc—
tion de l’espace habitable ». Quant à l’injonction de continuité, elle se trouve
elle—même fortement remise en cause. On cherche normalement à se repro—
duire dans sa descendance et on attend d’elle qu’elle fasse comme soi,
