LES DÉCHETS RADIOACTIFS : LA MÉMOIRE EN QUESTIONS
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En effet, ce que nous appellerons par commodité « mémoire des déchets »
renvoie à une mémoire des choix, c’est—à—dire au sentiment d’époque, mais
également à une mémoire des risques qui s’exprime tant par une mémoire
de conservation (allons chercher dans le passé des exemples et des solutions)
que par une mémoire historique, plus prospective, qui permet de travailler
V
sur le devenir (les déchets et notre société avec ses déchets).
N0us avons vu précédemment à quel point le jugement porté sur le
nucléaire en général faisait écran à la réexion sur les résidus de cette
industrie. Il faut préciser que le problème des déchets radioactifs reste
aujourd’hui un sujet qui fait peu débat dans le grand public ; tant la durée
de vie de certains déchets, leurs natures différentes, leurs quantités, que les
solutions actuellement mises en oeuvre pour les traiter sont, pour une bonne
partie des Français, complètement méconnues. Cela explique aussi pourquoi
on invoque si facilement la lière nucléaire, plus visible.
Au—delà des trois attitudes sur le nucléaire, l’opposition structurante entre
<< pro- >> et « anti— » nucléaires se retrouve à un niveau plus large, entre les
personnes pour lesquelles « se joue la fin de la conscience humaine », alors
que les autres préfèrent limiter leur constat du problème indéniable des
déchets radioactifs à leur existence : « on n’a pas
le choix, les mettre loin de
nous ne ferait que repousser le problème ».
Cette opposition n’est pourtant, pour une bonne partie, qu’apparence si
l’on considère attentivement les rhétoriques découlant de ces discours.
En fait, existent au sein de l’idée de « mémoire » des déchets trois
notions, qui ne sont pas forcément exclusives les unes des autres et qui
structurent la pensée à ce niveau. Un développement de la « mémoire » des
déchets aurait pour fonction de rappeler que
cette question des déchets
radioactifs fait en effet appel à plusieurs ltres d’analyse, qui permettent de
classer la notion de déchet a partir des gradations de la mémoire, du passé
le plus actif, voire imminent, au passé le moins présent. D’abord, les déchets
et leur stockage renvoient à une accumulation qui ne va cesser de croître
dans le futur, et donc à la transmission de la production énergétique elle—
même : ce qui est transmis, c’est bien la continuité de la production nucléaire,
destinant la question des déchets à n’être pas du passé promis à l’oubli, mais
à rester d’actualité. On lit ici une forte empreinte du passé sur le futur.
Ensuite, le repérage de ce stockage renvoie àla pérennité des conséquences
de la production nucléaire, ce qui fait référence au problème de la remon—
tée des déchets nucléaires, qu’elle soit accidentelle ou voulue (pour une
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En effet, ce que nous appellerons par commodité « mémoire des déchets »
renvoie à une mémoire des choix, c’est—à—dire au sentiment d’époque, mais
également à une mémoire des risques qui s’exprime tant par une mémoire
de conservation (allons chercher dans le passé des exemples et des solutions)
que par une mémoire historique, plus prospective, qui permet de travailler
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sur le devenir (les déchets et notre société avec ses déchets).
N0us avons vu précédemment à quel point le jugement porté sur le
nucléaire en général faisait écran à la réexion sur les résidus de cette
industrie. Il faut préciser que le problème des déchets radioactifs reste
aujourd’hui un sujet qui fait peu débat dans le grand public ; tant la durée
de vie de certains déchets, leurs natures différentes, leurs quantités, que les
solutions actuellement mises en oeuvre pour les traiter sont, pour une bonne
partie des Français, complètement méconnues. Cela explique aussi pourquoi
on invoque si facilement la lière nucléaire, plus visible.
Au—delà des trois attitudes sur le nucléaire, l’opposition structurante entre
<< pro- >> et « anti— » nucléaires se retrouve à un niveau plus large, entre les
personnes pour lesquelles « se joue la fin de la conscience humaine », alors
que les autres préfèrent limiter leur constat du problème indéniable des
déchets radioactifs à leur existence : « on n’a pas
le choix, les mettre loin de
nous ne ferait que repousser le problème ».
Cette opposition n’est pourtant, pour une bonne partie, qu’apparence si
l’on considère attentivement les rhétoriques découlant de ces discours.
En fait, existent au sein de l’idée de « mémoire » des déchets trois
notions, qui ne sont pas forcément exclusives les unes des autres et qui
structurent la pensée à ce niveau. Un développement de la « mémoire » des
déchets aurait pour fonction de rappeler que
cette question des déchets
radioactifs fait en effet appel à plusieurs ltres d’analyse, qui permettent de
classer la notion de déchet a partir des gradations de la mémoire, du passé
le plus actif, voire imminent, au passé le moins présent. D’abord, les déchets
et leur stockage renvoient à une accumulation qui ne va cesser de croître
dans le futur, et donc à la transmission de la production énergétique elle—
même : ce qui est transmis, c’est bien la continuité de la production nucléaire,
destinant la question des déchets à n’être pas du passé promis à l’oubli, mais
à rester d’actualité. On lit ici une forte empreinte du passé sur le futur.
Ensuite, le repérage de ce stockage renvoie àla pérennité des conséquences
de la production nucléaire, ce qui fait référence au problème de la remon—
tée des déchets nucléaires, qu’elle soit accidentelle ou voulue (pour une
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