I,IËS DÉ(ÏHETS RADIOACTIFS : LA MÉMOIRE EN QlÎESTIONS
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des ruptures
de plus en plus fréquentes et l’on voit déler des révolutions
technologiques, politiques, dans le domaine de la santé et dans d’autres
secteurs).
Ce sentiment commun d’inquiétude est en fait plus en relation avec une
angoisse des lendemains, devenus complètement imprévisibles (on sait que
tout bouge tout le temps), qu’avec un prétendu mal de vivre contemporain
qui ne se mesure pas dans les faits. Toujours est—il qu’il en ressort un fond
commun de perceptions négatives qui forge notre rapport au monde : des
thèmes similaires catalysth aujourd’hui une inquiétude diffuse (environne—
ment, terrorisme, chômage, solitude, égoisme, stress, violence) qui nous
conduit à des comportements défensifs et repliés.
Le « sentiment d’époque » apparaît donc comme un ltre, un écran à
une « mémoire vraie >> ; c’est un déversoir dans lequel, de manière inorga—
nisée, viennent se brasser des intérêts contraires et des influences opposées.
Chaque individu, lorsqu’il analyse un problème, un fait ou une idée, ne le
fait pas directement, mais au travers de ce prisme.
UN ÉCRAN AU PROBLÈME DES DÊCHETS RADIOACTIFS : LE SENTIMENT NUCLÊAIRE
Ainsi, la thématique du déchet radioactif n’est—elle discutée et analysée
qu’au travers de la position, bien souvent arrêtée, sur l’énergie nucléaire.
Cette position joue un rôle de tampon
et induit fortement le discours que
l’on va ensuite pouvoir porter sur les déchets. Dans une société en proie aux
inquiétudes, on pourrait croire à un discours de rejet, ou du moins de
prudence, à l’encontre de la lière nucléaire. Il n’en est rien cependant,
puisque dans leur grande majorité, les Français demeurent des pronucléaires,
défenseurs en particulier de notre manière de produire l’électricité. Il s’agit
d’une position qui relève d’un attachement reposant sur différentes cordes,
toutes renvoyant aux thèmes d’inquiétudes énoncés plus haut. Ilya d’abord
un
élan patriotique, voire « chauvin », concernant notre indépendance
énergétique : il est ici question d’une notion de « sécurité » qui combat
précisément le sentiment d’inquiétude (le monde peut crouler, nous conti—
nuerons à pouvoir nous alimenter en énergie). Ensuite, une certaine tendance
technocratique fait qu’au—delà d’angoisses formulées de manière imprécise
sur l’état environnemental de la planète, les Français, de plus en plus
méants vis—à—vis d’acteurs publics tels que
les politiques, les médias ou les
chefs d’entreprise, conservent une conance très forte dans les experts
scientifiques. Ceux—ci demeurent un élément de « rassurance », car on leur
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des ruptures
de plus en plus fréquentes et l’on voit déler des révolutions
technologiques, politiques, dans le domaine de la santé et dans d’autres
secteurs).
Ce sentiment commun d’inquiétude est en fait plus en relation avec une
angoisse des lendemains, devenus complètement imprévisibles (on sait que
tout bouge tout le temps), qu’avec un prétendu mal de vivre contemporain
qui ne se mesure pas dans les faits. Toujours est—il qu’il en ressort un fond
commun de perceptions négatives qui forge notre rapport au monde : des
thèmes similaires catalysth aujourd’hui une inquiétude diffuse (environne—
ment, terrorisme, chômage, solitude, égoisme, stress, violence) qui nous
conduit à des comportements défensifs et repliés.
Le « sentiment d’époque » apparaît donc comme un ltre, un écran à
une « mémoire vraie >> ; c’est un déversoir dans lequel, de manière inorga—
nisée, viennent se brasser des intérêts contraires et des influences opposées.
Chaque individu, lorsqu’il analyse un problème, un fait ou une idée, ne le
fait pas directement, mais au travers de ce prisme.
UN ÉCRAN AU PROBLÈME DES DÊCHETS RADIOACTIFS : LE SENTIMENT NUCLÊAIRE
Ainsi, la thématique du déchet radioactif n’est—elle discutée et analysée
qu’au travers de la position, bien souvent arrêtée, sur l’énergie nucléaire.
Cette position joue un rôle de tampon
et induit fortement le discours que
l’on va ensuite pouvoir porter sur les déchets. Dans une société en proie aux
inquiétudes, on pourrait croire à un discours de rejet, ou du moins de
prudence, à l’encontre de la lière nucléaire. Il n’en est rien cependant,
puisque dans leur grande majorité, les Français demeurent des pronucléaires,
défenseurs en particulier de notre manière de produire l’électricité. Il s’agit
d’une position qui relève d’un attachement reposant sur différentes cordes,
toutes renvoyant aux thèmes d’inquiétudes énoncés plus haut. Ilya d’abord
un
élan patriotique, voire « chauvin », concernant notre indépendance
énergétique : il est ici question d’une notion de « sécurité » qui combat
précisément le sentiment d’inquiétude (le monde peut crouler, nous conti—
nuerons à pouvoir nous alimenter en énergie). Ensuite, une certaine tendance
technocratique fait qu’au—delà d’angoisses formulées de manière imprécise
sur l’état environnemental de la planète, les Français, de plus en plus
méants vis—à—vis d’acteurs publics tels que
les politiques, les médias ou les
chefs d’entreprise, conservent une conance très forte dans les experts
scientifiques. Ceux—ci demeurent un élément de « rassurance », car on leur
