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l)lîS l)lÏ(îlll-Ïl’S Rx\l)l().\(l'l’lFS : MÉMOIRE li'l’
Dans la mesure où les déchets radioactifs vont traverser l’histoire humaine
durant des centaines de générations, la notion de mémoire leur est. évidem—
ment particulièrement appropriée. D’une part, ils constituent, même si cela
se fait a notre corps défendant, une partie désormais indissoluble de notre
destin humain. D’autre part, de par leur dangerosité même, il devient indis—
pensable d’en conserver la mémoire afin de présener l’humanité future de
tout accident.
La perception que nos contemporains peuvent alors avoir de ce problème
ressortit aux trois critères de mémoire exposés plus haut. C’est cette organi—
sation de notre ressenti que nous voulons chercher ici à mettre en évidence.
Le sentiment d ’é]30que : une société d
L'N s1—1xrmrxr « ECRAN »
(le premier critère que nous faisons entrer dans la notion de mémoire
s’apparente à une sorte de perception collective des événements du présent,
à un sentiment contemporain. Il y est question d’idées, de faits actuels, du
domaine de l’immédiat, susceptibles d’être convoqués pour nourrir un
discours, une réaction, un comportement du quotidien. Ce sentiment, qui
n’est pas de la mémoire au sens propre mais fait partie d’une représentation
collective du moment — et a donc sa place, limitée et mouvante, dans une
«
mémoire » plus large —— permet de porter un regard sur le monde, d’exprimer
un sentiment avec une économie de moyens et d’énergie.
(l’est cette « mémoire immédiate », ce sens commun du présent, qui
éclaire en particulier la manière inquiète, angoissée, avec laquelle nous
jaugeons le monde actuel et notre vie en société. C’est bien en s’y référant
que les personnes interrogées dans l’étude ont pu faire état de leur anxiété
défensive. Cela fonctionne autour de la notion de « perte », de société qui,
allant trop vite et trop loin, risque à tout moment l’accident. Trois grands
thèmes irriguent ce sentiment : l’idée — pluriséculaire — que
le progrès est
en soi destructeur ; l’impression, largement empruntée aux discours diffusés
par les médias, d’une dégradation de nos conditions de vie : environnement,
morale, culte de la performance, « maltraitance » de l’humain, iraient en
s’accentuant ; et une nostalgie du passé, sentiment aussi récurrent que
la
première idée, mais qui s’épanouit avec une vitesse des évolutions de plus
en plus rapide. En quelque sorte, la distance d’avec un « passé » différent
qui pouvait être de l’ordre de plusieurs générations jusqu’au xrx€ siècle, ne
cesse de se réduire, se comptant aujourd’hui en années (le monde connaît
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