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LA PERCEPTION DES DÉCHETS RADIOACTIFS : MÉMOIRE ET ÉTHIQUE
partir de matières premières. Dans cette marche toujours plus rapide vers le
progrès, d’abord artisanal et agricole, puis industriel, et désormais techno—
logique, la question environnementale ne semble s’être posée que très
tardivement. Tant que
les ressources naturelles visibles ne semblaient pas
menacées, que
les pays
étaient aux trois—quarts déserts, que l’espace ne man—
quait pas, peu
de voix s’élevaient pour
attirer l’attention des populations sur
un nécessaire devoir de respect de la nature, et le sort des descendants était
vraisemblablement rarement évoqué.
L’industrialisation au x1x€ siècle, l’exploitation massive des mines et des
nappes
souterraines (pétrolifères, aquifères, etc.), le développement de la
chimie ont brutalement rendu la menace sur l’écologie tangible, perceptible.
La seconde moitié du xx€ siècle a connu son lot de catastrophes (de Minamata
à Seveso, en passant par Bhopal ou Tchernobyl) qui ont fortement ébranlé
les consciences et attiré l’attention sur les conséquences de notre volonté
collective de « progresser ». Des discours politiques, souvent opportunistes,
mettent aujourd’hui l’accent sur ce nouveau dé de l’humanité : comment
.
préserver notre terre tout en continuant d’aller de l’avant ? Comment
s’imposer des règles, s’interdire certaines pratiques pour
le bien collectif ?
Dans ce débat qui demeure, au plan des actions effectives, en gésine,
deux facteurs d’inquiétude jouent un rôle de levier : d’une part une menace
immédiate et directe (les catastrophes citées précédemment ont tué de
nombreux civils et la pollution de l’air est aujourd’hui corrélée, par
les épi—
démiologistes, à un nombre statistiquement calculé de décès annuels),
d’autre part une crainte plus métaphysique sur un avenir lointain, sur ce
que nous, à l’aube du troisième millénaire, léguons à nos descendants.
Rien n’illustre mieux cette deuxième voie d’inquiétude que les dérivés
de l’atome. Si, globalement, les Français demeurent largement conants
dans l’industrie nucléaire française et les règles de sécurité qui l’entourent,
comment perçoivent—ils le problème de ses déchets dont la durée de vie
peut atteindre des milliers d’années, voire davantage ? La question est d’im—
portance car elle détermine, dans une certaine mesure, les moyens à mettre
en œuvre pour répondre à cet enjeu majeur : que faire des déchets radio—
actifs à longue vie, comment en parler, de quelle manière désamorcer les
peurs irrationnelles, par quels moyens garantir une totale absence de risque
sur un si long terme ?
C’est bien à cet ensemble d’interrogations qu’est confrontée l’Andra.
L’indispensable et stimulante réexion qu’elle mène sur cette thématique,
et dont cet ouvrage marque une nouvelle étape, l’a conduite à chercher à
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