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La pertinence
du point de vue utilitariste dans le domaine des risques et
de leur gestion découle évidemment de son application dans le choix initial.
On voit encore comment l’absence de transparence
sur des incidents (non
divulgation, minimisation...), ou l’absence, pendant longtemps, d’analyses
et de débats dans le respect
de la diversité d’opinion, ainsi que l’obligation
de convaincre avant de décider, ont pu
favoriser la montée des peurs, parfois
fantasmatiques, au sein de l’opinion. Pourtant, l’esprit de responsabilité des
scientiques, qui les avait conduit, des le départ, à une réexion théorique
et
technique sur la gestion des déchets, aurait du éloigner de l’opinion
l’image d’« apprentis sorciers » qu’il a été si facile de leur attribuer dans
un
contexte global anxiogène associé à la «culture du secret »2. Celle—ci
maintient non settlement la méconnaissance de l’opinion sur ces sujets mais
surtout celle des échelons intermédiaires entre l’État et les citoyens, les maires
et les divers conseillers ou élus qui participent par
leur représentativité et la
conance qu’on leur porte
à la formation de l’opinion elle—même. Il suffit
alors d’exploiter habilement des événements de production, mineurs ou
graves comme l’accident de Tchernobyl, ou des observations épidémiologiques
comme le surcroît de leucémies autour du complexe de La Hague, pour
transformer la méconnaissance de l’opinion en méance légitime et
conduire de nombreux élus à suivre cette opinion, dont ils ne veulent pas
se détacher électoralement.
Car si on peut reconnaître, à propos
de l’explosion du réacteur 4 de
Tchernobyl, que
cet accident majeur résulte d’un niveau de désorganisation
et d’irresponsabilité du système soviétique qui a maximisé ce risque — tandis
qu’une maintenance des installations et des contraintes de sécurité bien
définies et respectées peuvent conner ce risque près de zéro — quelle infor—
mation et quels débats sur ce sujet avaient préparé les Français à être per—
suadés de cela et à rester conants dans la sûreté de leurs installations ?
Quant aux propos conduisant à imaginer qu’un nuage
radioactif se
serait arrêté à la frontière, il est difcile d’imaginer pire comme culture du
secret alors que les mesures de césium 137 et d’iode 131 auraient dû être
publiées en continu (une analyse détaillée, hélas un peu tardive, a été publiée
par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire en avril 2003) et
mises en parallèle avec les taux moyens de radioactivité (naturelle ou non)
absorbée annuellement par chaque Français. Quoi de plus contre—productif
2.
Loisel, « Les peurs des Français » in Faul—1Ïl avoir peur des déchets radioactifs
;
… ra, it)()î
.
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