Session 3 : Télédétection et épandages de crues en Tunisie
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nappe phréatique de Horchane-Braga, dans l'état actuel de nos connaissances, ne peut pas être
évalué correctement mais dépasse largement, selon les services régionaux de l'agriculture, le taux
de 100 %. Ainsi, le niveau piézométrique des nappes a sensiblement baissé, si bien que les
irrigants sont obligés aujourd'hui de creuser une sonde au fond du puits et de l'approfondir
toujours davantage pour réussir à capter l'eau. Dans la plaine de Sidi Bouzid, le rabattement a
atteint par endroits plusieurs mètres, entraînant l'intrusion d'eau salée provenant de la bordure de
la nappe.
LES ÉPANDAGES ARTIFICIELS DES EAUX DES CRUES : SOLUTION POSSIBLE AU PROBLÈME
DU DÉFICIT HYDRIQUE
Limites des mesures coercitives
Les premières mesures prises par l'administration de l'agriculture pour faire face aux problèmes
posés par l'exploitation excessive des nappes phréatiques furent coercitives. En effet, dès la fin
des années soixante-dix, une série de mesures administratives furent prises, comme la création
d'un "périmètre de sauvegarde" englobant la quasi-totalité de la plaine de Sidi Bouzid. La
sauvegarde envisagée consistait dans l'obligation d'obtenir l'autorisation préalable du Ministère de
l'agriculture pour toute opération de forage ou d'équipement d'un puits de surface. De plus, un
"périmètre d'interdiction" fut également institué. Ce périmètre délimite les zones de la plaine où le
rabattement est le plus spectaculaire et où l'intrusion d'eau salée est la plus inquiétante. Les
résultats de ces mesures furent limités. Le creusement et l'équipement clandestins des puits se
sont poursuivis parce que les irrigants ont toujours manifesté une volonté d'accroître leurs
superficies irriguées. Dans le cadre d'une économie de marché, et compte tenu des
investissements consentis par les irrigants, il est clair que ce ne sont pas les paramètres de
l'écologie qui valent et guident leur choix. Nos enquêtes sur le terrain (Daoud 1987) ont montré
que, si le premier investissement de l'épargne de l'irrigant allait vers la construction en dur, le
second allait, dans la plupart des cas, au creusement d'un deuxième puits, surtout si le premier
était exploité en commun avec des frères ou dans le cadre du clan. L'individualisme prend en effet
le pas dans ce domaine sur l'esprit communautaire et sur les survivances de la société
segmentaire.
Les épandages artificiels des crues : une technique ancienne longtemps oubliée ou délaissée
Le passage d'une société tribale à une société paysanne (Attia 1977), accompagnant les profondes
transformations économiques connues par toute la région, a entraîné l'abandon presque total des
pratiques communautaires de gestion des crues. La petite hydraulique traditionnelle, basée sur les
petits ouvrages de dérivation, a été progressivement délaissée pour céder la place aux solutions
"techniques" et "modernes" : puits de surface équipés en groupes motopompes électriques ou
diesel. Le pompage de l'eau à partir d'un puits de surface peut durer jusqu'à 14 heures par jour
avec un débit de 1,5 à 2 litres/s. C'est donc d'une véritable hémorragie qu'il s'agit, d'autant plus
qu'une frénésie s'empara des agriculteurs pour le forage des puits, surtout au milieu des années
70, au moment où le système de crédit offrait pour cela beaucoup de facilités et où l'État
s'engageait à fond dans ce choix. Les réserves en eau des nappes phréatiques, constituées
progressivement à l’ère quaternaire, vont être alors largement entamées. Outre l'irrigation par
submersion, les ouvrages traditionnels d'épandage artificiel des crues favorisaient l'infiltration
aux dépens du ruissellement et permettaient ainsi une recharge artificielle des nappes. L'absence
ou l'abandon des ouvrages de dérivation en amont ont entraîné le déversement de quantités
substantielles d'eau des crues en aval, dans les fonds de cuvettes plus ou moins salées (Sebkahat
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