Télédétection et ressources en eau/Remote sensing and water resources
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Est du Djebel Al Kebar le disséquent fortement. En traversant les piémonts sablo-limoneux de
faible pente, leurs lits deviennent relativement larges et faiblement encaissés. Lors des crues qui
suivent les averses, même celles de faible intensité, l'oued Oumat Téboul peut arriver jusqu'à
Garet-En-Njila (Garaa : niveau de base local dans une dépression, constituant un collecteur des
eaux de ruissellement).
Bref aperçu historique sur l'irrigation : d'une exploitation "écologique" à une exploitation
minière des ressources en eau
De toutes les transformations profondes subies par le paysage rural de notre zone d'étude depuis
quatre décennies environ, l'irrigation par puits de surface peut être considérée comme l’une des
plus importantes, en raison des modifications économiques et sociales qu'elle a induites et des
déséquilibres écologiques qu'elle a engendrés.
Tout comme le reste des hautes steppes tunisiennes, les plaines de Sidi Bouzid et d'Al Hichria
ont connu l'irrigation depuis bien longtemps. La région de "Gammouda", décrite par beaucoup de
voyageurs et chroniqueurs arabes ayant visité la région au Moyen Age, correspond à l'actuelle
région de Sidi Bouzid. D’après ces descriptions, elle aurait possédé des vergers et jardins irrigués,
particulièrement de part et d'autre de l'oued Al Fakka (Abdelawahab 1954). Cette irrigation était
pratiquée à partir des puits de surface, mais surtout à partir de dérivations construites par les
populations locales, dans le cadre des travaux communautaires exécutés par les différentes
fractions de tribus. Ces dérivations consistaient en des élévations de terre, renforcées par des
branchages. Elles étaient mises en place en forme d'arêtes de poisson de chaque côté des berges
de l'oued Al Fakka. Leur rôle était de diriger les eaux des crues vers les champs pour provoquer
leur submersion. Quelques jours après l'infiltration des eaux, les populations locales labouraient,
semaient et attendaient les nouvelles pluies et les nouvelles crues pour que les épis soient de
nouveau irrigués. Ces ouvrages de dérivation, appelés localement "M'goud", étaient fragiles, peu
résistants aux grandes crues, mais faciles à reconstruire. Au début du siècle, plusieurs "M'goud"
étaient aménagés sur l'oued Al Fakka (Penet 1910). Cet auteur n'a pas caché son admiration pour
ces aménagements qu'il décrit de façon précise. Malgré leur simplicité, ils ont permis aux sociétés
traditionnelles qui occupaient cet espace de faire face au manque d'eau et d'utiliser les crues à leur
profit. De plus, ils ne mettaient pas en péril l'équilibre fragile de l'écosystème. Bien au contraire,
ces techniques simples mais bien maîtrisées permettaient de le conserver. Si la plaine d'Al Hichria
n'a pas connu les mêmes aménagements, on peut toutefois affirmer que l'irrigation y est également
un usage ancien, particulièrement autour du village de Mlikat. Les vestiges d'un ancien aqueduc
romain existent encore dans la partie centrale du flanc SE du Djebel Al Kebar.
Si, au début des années soixante, la nappe phréatique de la plaine de Sidi Bouzid était captée
par 300 puits de surface seulement, ayant en totalité un débit fictif continu de 22,2 l/s,
aujourd'hui le nombre de puits a dépassé 2 500 et le débit fictif continu y est de 2 000 l/s (Daoud
et Trautmann 1994) (figure 2). Dans certains secteurs de la plaine, comme ceux de Zaàfria,
Sandoug, Ceddaguia ou Oum Laàdham, la densité dépasse 30 puits/km
2
. Plus de 90% des puits
sont aujourd'hui équipés de motopompes. De même, la plaine d'Al Hichria compte désormais plus
de 1 200 puits de surface, dont environ la moitié se trouve sur le piémont Sud-Est du Djebel Al
Kebar. Ces puits de surface, qui captent la nappe de Horchane-Braga, sont presque tous équipés
de motopompes. Le résultat de cette augmentation spectaculaire du nombre de puits de surface a
été l’accroissement du volume d'eau pompée. S'il ne dépassait pas un million de m
3 par an pour la
nappe de Sidi Bouzid au début des années soixante, il est estimé aujourd'hui à plus de 54 millions
de m
3
. Et compte tenu du fait que la nappe a des possibilités de 25 millions de m
3 par an, on peut
en déduire que le taux de surexploitation dépasse 100 %. Le phénomène de surexploitation de la
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Est du Djebel Al Kebar le disséquent fortement. En traversant les piémonts sablo-limoneux de
faible pente, leurs lits deviennent relativement larges et faiblement encaissés. Lors des crues qui
suivent les averses, même celles de faible intensité, l'oued Oumat Téboul peut arriver jusqu'à
Garet-En-Njila (Garaa : niveau de base local dans une dépression, constituant un collecteur des
eaux de ruissellement).
Bref aperçu historique sur l'irrigation : d'une exploitation "écologique" à une exploitation
minière des ressources en eau
De toutes les transformations profondes subies par le paysage rural de notre zone d'étude depuis
quatre décennies environ, l'irrigation par puits de surface peut être considérée comme l’une des
plus importantes, en raison des modifications économiques et sociales qu'elle a induites et des
déséquilibres écologiques qu'elle a engendrés.
Tout comme le reste des hautes steppes tunisiennes, les plaines de Sidi Bouzid et d'Al Hichria
ont connu l'irrigation depuis bien longtemps. La région de "Gammouda", décrite par beaucoup de
voyageurs et chroniqueurs arabes ayant visité la région au Moyen Age, correspond à l'actuelle
région de Sidi Bouzid. D’après ces descriptions, elle aurait possédé des vergers et jardins irrigués,
particulièrement de part et d'autre de l'oued Al Fakka (Abdelawahab 1954). Cette irrigation était
pratiquée à partir des puits de surface, mais surtout à partir de dérivations construites par les
populations locales, dans le cadre des travaux communautaires exécutés par les différentes
fractions de tribus. Ces dérivations consistaient en des élévations de terre, renforcées par des
branchages. Elles étaient mises en place en forme d'arêtes de poisson de chaque côté des berges
de l'oued Al Fakka. Leur rôle était de diriger les eaux des crues vers les champs pour provoquer
leur submersion. Quelques jours après l'infiltration des eaux, les populations locales labouraient,
semaient et attendaient les nouvelles pluies et les nouvelles crues pour que les épis soient de
nouveau irrigués. Ces ouvrages de dérivation, appelés localement "M'goud", étaient fragiles, peu
résistants aux grandes crues, mais faciles à reconstruire. Au début du siècle, plusieurs "M'goud"
étaient aménagés sur l'oued Al Fakka (Penet 1910). Cet auteur n'a pas caché son admiration pour
ces aménagements qu'il décrit de façon précise. Malgré leur simplicité, ils ont permis aux sociétés
traditionnelles qui occupaient cet espace de faire face au manque d'eau et d'utiliser les crues à leur
profit. De plus, ils ne mettaient pas en péril l'équilibre fragile de l'écosystème. Bien au contraire,
ces techniques simples mais bien maîtrisées permettaient de le conserver. Si la plaine d'Al Hichria
n'a pas connu les mêmes aménagements, on peut toutefois affirmer que l'irrigation y est également
un usage ancien, particulièrement autour du village de Mlikat. Les vestiges d'un ancien aqueduc
romain existent encore dans la partie centrale du flanc SE du Djebel Al Kebar.
Si, au début des années soixante, la nappe phréatique de la plaine de Sidi Bouzid était captée
par 300 puits de surface seulement, ayant en totalité un débit fictif continu de 22,2 l/s,
aujourd'hui le nombre de puits a dépassé 2 500 et le débit fictif continu y est de 2 000 l/s (Daoud
et Trautmann 1994) (figure 2). Dans certains secteurs de la plaine, comme ceux de Zaàfria,
Sandoug, Ceddaguia ou Oum Laàdham, la densité dépasse 30 puits/km
2
. Plus de 90% des puits
sont aujourd'hui équipés de motopompes. De même, la plaine d'Al Hichria compte désormais plus
de 1 200 puits de surface, dont environ la moitié se trouve sur le piémont Sud-Est du Djebel Al
Kebar. Ces puits de surface, qui captent la nappe de Horchane-Braga, sont presque tous équipés
de motopompes. Le résultat de cette augmentation spectaculaire du nombre de puits de surface a
été l’accroissement du volume d'eau pompée. S'il ne dépassait pas un million de m
3 par an pour la
nappe de Sidi Bouzid au début des années soixante, il est estimé aujourd'hui à plus de 54 millions
de m
3
. Et compte tenu du fait que la nappe a des possibilités de 25 millions de m
3 par an, on peut
en déduire que le taux de surexploitation dépasse 100 %. Le phénomène de surexploitation de la
