cachée qui régit le développement de la nature vivante dans son
désordre sublime
153 . Les conditions de la production des
« monstres » dans le temps de la nature sont les conditions de son
cours ordinaire, de son « ordre » inatteignable par l’homme:
Il y a autant de monstres qu’il y a d’organes dans l’homme et de
fonctions: des monstres d’yeux, d’oreilles, de nez qui vivent tandis que les autres ne vivent pas; des monstres de position des
parties, des monstres par superfétation, des monstres par défaut
[…].
(Hommes, êtres monstrueux rentrent dans la classe des animaux
non perfectibles). (Examiner ces monstres organes par organes;
monstres d’imagination, monstres d’estomac, monstres de
mémoire) (infra, pp. 266-267).
La « logique de la nature » (signification littérale de physiologie qui parcourt l’ouvrage) suit un trajet qui passe nécessairement par essais et erreurs, à travers toutes les formes possibles.
C’est une autre avancée sur la route du transformisme biologique
(supra, § 3). La conception physiologique de la vie et de la mort
concernant les « monstres » – une vie qui procède, comme son
contraire, par degrés et étapes –, rend possible de concevoir les
modifications, les anomalies, les passages extra-spécifiques des
êtres vivants comme des faits typiques d’une nouvelle vision évolutive du cosmos. « Naître, vivre et passer », affirmait Diderot
dans Le Rêve, « c’est changer de formes ». La vie dans les Éléments est une sorte d’état fluide de la matière tendant au durcissement et au raidissement, mais jamais de façon tout à fait
définitive (« l’animal est d’abord fluide…»).
La mort ne peut en aucun cas être absolue, elle intéresse l’individu entier, le tout organique – la grande Mort dans notre
schéma –, mais elle demeure « momentanée » ou « partielle » dans
sa fonction principale lorsqu’elle implique les parties organiques
ou les agrégats de molécules dont les constituants ultimes représentent le seuil indépassable de la mortalité: les « petites morts ».
Encore une fois: la mort s’arrête là.
André Malraux écrivait dans l’un de ses romans : « il n’y a pas
de mort, il y seulement moi qui vais mourir…». Du point de vue
anthropologique, la mort au sens propre – en tant qu’expérience
153 A. Curran, Sublime disorder. Physical monstrosity in Diderot’s universe, Oxford, 2001.
98
INTRODUCTION
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 98
désordre sublime
153 . Les conditions de la production des
« monstres » dans le temps de la nature sont les conditions de son
cours ordinaire, de son « ordre » inatteignable par l’homme:
Il y a autant de monstres qu’il y a d’organes dans l’homme et de
fonctions: des monstres d’yeux, d’oreilles, de nez qui vivent tandis que les autres ne vivent pas; des monstres de position des
parties, des monstres par superfétation, des monstres par défaut
[…].
(Hommes, êtres monstrueux rentrent dans la classe des animaux
non perfectibles). (Examiner ces monstres organes par organes;
monstres d’imagination, monstres d’estomac, monstres de
mémoire) (infra, pp. 266-267).
La « logique de la nature » (signification littérale de physiologie qui parcourt l’ouvrage) suit un trajet qui passe nécessairement par essais et erreurs, à travers toutes les formes possibles.
C’est une autre avancée sur la route du transformisme biologique
(supra, § 3). La conception physiologique de la vie et de la mort
concernant les « monstres » – une vie qui procède, comme son
contraire, par degrés et étapes –, rend possible de concevoir les
modifications, les anomalies, les passages extra-spécifiques des
êtres vivants comme des faits typiques d’une nouvelle vision évolutive du cosmos. « Naître, vivre et passer », affirmait Diderot
dans Le Rêve, « c’est changer de formes ». La vie dans les Éléments est une sorte d’état fluide de la matière tendant au durcissement et au raidissement, mais jamais de façon tout à fait
définitive (« l’animal est d’abord fluide…»).
La mort ne peut en aucun cas être absolue, elle intéresse l’individu entier, le tout organique – la grande Mort dans notre
schéma –, mais elle demeure « momentanée » ou « partielle » dans
sa fonction principale lorsqu’elle implique les parties organiques
ou les agrégats de molécules dont les constituants ultimes représentent le seuil indépassable de la mortalité: les « petites morts ».
Encore une fois: la mort s’arrête là.
André Malraux écrivait dans l’un de ses romans : « il n’y a pas
de mort, il y seulement moi qui vais mourir…». Du point de vue
anthropologique, la mort au sens propre – en tant qu’expérience
153 A. Curran, Sublime disorder. Physical monstrosity in Diderot’s universe, Oxford, 2001.
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INTRODUCTION
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