Les maladies de l’âme-cerveau, sous des modalités différentes, sont les effets d’un travail déterminé de la sympathie des
organes. Cette sympathie est liée aux « tempéraments » et aux
« caractères » des sujets et subit les effets de l’équilibre interneexterne qu’engendre l’activité propre à leurs natures individuelles. Diderot s’arrête là sur les grandes lignes de la théorie
« expectative » de la thérapie médicale – héritée de la tradition
galénique – suivant Bordeu: dans les grandes maladies comme
dans les petites, la nature est le premier agent de guérison qu’il
convient de laisser travailler
139 . Dans sa « Conclusion », le philosophe peut alors réaffirmer sa conviction sur la matérialité de
l’âme, étayée tout le long de son ouvrage: « l’organisation et la
vie, voilà l’âme », en ajoutant, dans le manuscrit SP: « encore
l’organisation est-elle si variable !» (infra, p. 358). Il ne lui restait
qu’à se mesurer à la dernière issue du processus d’organisation,
avec ce qui « n’est rien pour nous » (Epicure) mais qui dit tout,
pour le sens de l’entreprise philosophique des Éléments: la fin
réelle, concrète, de la vie.
4.2. La mort, le vivant, la morale laïque
Michel Foucault, dans la Naissance de la clinique, observe
qu’autour de la fin du XVIII
e siècle se fait jour une attitude nouvelle à l’égard de la mort à partir du moment où l’homme se pose
lui-même comme un objet autonome de l’enquête médicale et
scientifique en tant qu’« homme physique et moral » (P.-J.-G.
Cabanis, 1757-1808). L’homme du commun, pas seulement le
philosophe ou l’« esprit fort », commence à regarder l’expérience
de la mort – remarque Foucault – comme une possibilité parmi
tant d’autres de mener à bien une recherche et une observation
impartiales à l’abri des passions
140 . La métaphysique est évacuée,
de façon nouvelle, de l’horizon des soucis philosophiques, plus
élégamment que ne l’avaient fait les clandestins des Lumières
(par exemple J. Meslier), à partir du moment où les médecins
139 Infra, p. 352: « Nature. Qu’est-ce que cet agent. Ce sont les efforts
mêmes de l’organe malade ou de toute la machine. Efforts conséquents au
malaise pour s’en soulager. La nature fait en tout temps dans le malade ce que le
malaise de la machine exécute pendant le sommeil; elle se meut spontanément,
s’agite jusqu’à ce qu’elle ait trouvé la situation la plus commode, excepté dans
la faiblesse extrême, ou la lassitude ».
140 Cf. M. Foucault, Naissance de la clinique, Paris, 1972, pp. 149 et 199.
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INTRODUCTION
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organes. Cette sympathie est liée aux « tempéraments » et aux
« caractères » des sujets et subit les effets de l’équilibre interneexterne qu’engendre l’activité propre à leurs natures individuelles. Diderot s’arrête là sur les grandes lignes de la théorie
« expectative » de la thérapie médicale – héritée de la tradition
galénique – suivant Bordeu: dans les grandes maladies comme
dans les petites, la nature est le premier agent de guérison qu’il
convient de laisser travailler
139 . Dans sa « Conclusion », le philosophe peut alors réaffirmer sa conviction sur la matérialité de
l’âme, étayée tout le long de son ouvrage: « l’organisation et la
vie, voilà l’âme », en ajoutant, dans le manuscrit SP: « encore
l’organisation est-elle si variable !» (infra, p. 358). Il ne lui restait
qu’à se mesurer à la dernière issue du processus d’organisation,
avec ce qui « n’est rien pour nous » (Epicure) mais qui dit tout,
pour le sens de l’entreprise philosophique des Éléments: la fin
réelle, concrète, de la vie.
4.2. La mort, le vivant, la morale laïque
Michel Foucault, dans la Naissance de la clinique, observe
qu’autour de la fin du XVIII
e siècle se fait jour une attitude nouvelle à l’égard de la mort à partir du moment où l’homme se pose
lui-même comme un objet autonome de l’enquête médicale et
scientifique en tant qu’« homme physique et moral » (P.-J.-G.
Cabanis, 1757-1808). L’homme du commun, pas seulement le
philosophe ou l’« esprit fort », commence à regarder l’expérience
de la mort – remarque Foucault – comme une possibilité parmi
tant d’autres de mener à bien une recherche et une observation
impartiales à l’abri des passions
140 . La métaphysique est évacuée,
de façon nouvelle, de l’horizon des soucis philosophiques, plus
élégamment que ne l’avaient fait les clandestins des Lumières
(par exemple J. Meslier), à partir du moment où les médecins
139 Infra, p. 352: « Nature. Qu’est-ce que cet agent. Ce sont les efforts
mêmes de l’organe malade ou de toute la machine. Efforts conséquents au
malaise pour s’en soulager. La nature fait en tout temps dans le malade ce que le
malaise de la machine exécute pendant le sommeil; elle se meut spontanément,
s’agite jusqu’à ce qu’elle ait trouvé la situation la plus commode, excepté dans
la faiblesse extrême, ou la lassitude ».
140 Cf. M. Foucault, Naissance de la clinique, Paris, 1972, pp. 149 et 199.
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INTRODUCTION
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