leurs crises. Celles qui ne subissent point de crises, sont chroniques ou habituelles.
Les crises des passions se font par des éruptions, des diarrhées,
les sueurs, des défaillances, les larmes, par le frisson, le tremblement, la transpiration: rapport des maladies réelles et des passions soit tristes, soit gaies (infra, pp. 319-322).
Diderot rédige ces paragraphes tout à fait indépendamment de
Haller, autour de ces deux points de repères théoriques – Cureau
et Bordeu – qu’il intercale à des sources différentes conjuguées
ensemble. Il utilise à la fois les descriptions particulières inspirées par Les caractères des passions de Cureau et des cas cliniques tirés du Traité de l’expérience en général et en particulier
dans l’art de guérir (Paris, 1774) du médecin suisse G. Zimmermann (supra, 2.1 et Commentaire). Le philosophe relève les traits
fondamentaux d’un vieux débat sur le caractère corporel des passions
137 ; il le met à jour aux chapitres VIII: « Organes » et IX:
« Maladies », en reliant son discours aux théories plus récentes de
Bordeu, de Barthez – sur la modalité « fédérative » de la sympathie s’exerçant parmi les organes (animal in animali) – et de Buffon aussi sur le rapport de dépendance réciproque du cerveau
(« âme ») et du diaphragme (« corps »)
138 .
137 Cf. du côté des cartésiens malebranchistes: J.-F. Senault (le père, 15991672), De l’Usage des passions, Paris, 1641 [Paris, 1987]; du côté libertin:
Saint-Evremond, Textes, éd. G. Fau, Paris, 1972; Libertins du XVII
e siècle I, éd.
J. Prévot, Paris, 1998; Romans libertins du XVIII
e siècle, éd. R. Trousson, Paris,
1993; dans le milieu anglais: F. Hutcheson, An essay on the nature and conduct
of the passions and affections. Letters from the London journal, London, 1728
[éd. B. Fabian, Hildesheim, 1990]; D. Hume, A Treatise of Human Nature, London, 1739, vol. II: Of the Passions; Œuvres philosophiques, 5 vol., éd. fr. J.-B.
Mérian, Amsterdam, 1758-1759, vol. IV: Dissertations sur les passions [Traité
de la nature humaine, vol. II, éd. fr. J.-P. Cléro, Paris, 1991]; sur le contexte historique: A. McKenna-P.-F. Moreau (éd.), Libertinage et philosophie au XVII
e
siècle. 4. Gassendi et les gassendistes et Les passions libertines: journées
d’étude, Saint-Étienne, 2000; H. Ida, Genèse d’une morale matérialiste. Les
passions et le contrôle de soi chez Diderot, Paris, 2001.
138 Infra, pp. 340-341: « Il y a une sympathie très marquée entre le diaphragme et le cerveau. Si le diaphragme se crispe violemment, l’homme souffre
et s’attriste; si l’homme souffre et s’attriste, le diaphragme se crispe violemment: diaphragme, cerveau organes peu connus »; cf. J. Deprun, « L’anthropologie de Diderot: monisme métaphysique et dualisme fonctionnel », dans A.
Mango (éd.), Diderot. Il politico, il filosofo, lo scrittore, Milan, 1986, pp. 115-22.
INTRODUCTION
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Les crises des passions se font par des éruptions, des diarrhées,
les sueurs, des défaillances, les larmes, par le frisson, le tremblement, la transpiration: rapport des maladies réelles et des passions soit tristes, soit gaies (infra, pp. 319-322).
Diderot rédige ces paragraphes tout à fait indépendamment de
Haller, autour de ces deux points de repères théoriques – Cureau
et Bordeu – qu’il intercale à des sources différentes conjuguées
ensemble. Il utilise à la fois les descriptions particulières inspirées par Les caractères des passions de Cureau et des cas cliniques tirés du Traité de l’expérience en général et en particulier
dans l’art de guérir (Paris, 1774) du médecin suisse G. Zimmermann (supra, 2.1 et Commentaire). Le philosophe relève les traits
fondamentaux d’un vieux débat sur le caractère corporel des passions
137 ; il le met à jour aux chapitres VIII: « Organes » et IX:
« Maladies », en reliant son discours aux théories plus récentes de
Bordeu, de Barthez – sur la modalité « fédérative » de la sympathie s’exerçant parmi les organes (animal in animali) – et de Buffon aussi sur le rapport de dépendance réciproque du cerveau
(« âme ») et du diaphragme (« corps »)
138 .
137 Cf. du côté des cartésiens malebranchistes: J.-F. Senault (le père, 15991672), De l’Usage des passions, Paris, 1641 [Paris, 1987]; du côté libertin:
Saint-Evremond, Textes, éd. G. Fau, Paris, 1972; Libertins du XVII
e siècle I, éd.
J. Prévot, Paris, 1998; Romans libertins du XVIII
e siècle, éd. R. Trousson, Paris,
1993; dans le milieu anglais: F. Hutcheson, An essay on the nature and conduct
of the passions and affections. Letters from the London journal, London, 1728
[éd. B. Fabian, Hildesheim, 1990]; D. Hume, A Treatise of Human Nature, London, 1739, vol. II: Of the Passions; Œuvres philosophiques, 5 vol., éd. fr. J.-B.
Mérian, Amsterdam, 1758-1759, vol. IV: Dissertations sur les passions [Traité
de la nature humaine, vol. II, éd. fr. J.-P. Cléro, Paris, 1991]; sur le contexte historique: A. McKenna-P.-F. Moreau (éd.), Libertinage et philosophie au XVII
e
siècle. 4. Gassendi et les gassendistes et Les passions libertines: journées
d’étude, Saint-Étienne, 2000; H. Ida, Genèse d’une morale matérialiste. Les
passions et le contrôle de soi chez Diderot, Paris, 2001.
138 Infra, pp. 340-341: « Il y a une sympathie très marquée entre le diaphragme et le cerveau. Si le diaphragme se crispe violemment, l’homme souffre
et s’attriste; si l’homme souffre et s’attriste, le diaphragme se crispe violemment: diaphragme, cerveau organes peu connus »; cf. J. Deprun, « L’anthropologie de Diderot: monisme métaphysique et dualisme fonctionnel », dans A.
Mango (éd.), Diderot. Il politico, il filosofo, lo scrittore, Milan, 1986, pp. 115-22.
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