sache. Voilà les arguments des chapitres V (« Sommeil ») et VI
(«Volonté »). Dans ce dernier, l’on retrouve l’exemple du géomètre automate (D’Alembert), mentionné plus haut (supra, 2.2).
Le pivot de l’argumentation porte sur la thèse que cette « machine
formidable », avant même de produire de la « pensée » dans toutes
ses formes plus ou moins manifestes
135 , est d’abord le moteur des
passions, du désir générateur premier des mystifications liées aux
apparences de la volonté. Il n’y a pas de « volonté libre », Diderot l’affirme sans réserves:
L’on dit que le désir naît de la volonté; c’est le contraire; c’est du
désir que naît la volonté. Le désir est fils de l’organisation, le
bonheur et le malheur, fils du bien-être ou du mal-être. On veut
être heureux (infra, p. 317).
Le phénomène fondamental de l’organe, par lequel il exprime
son impulsion, le besoin propre de chaque être, sera donc la « passion », qui seule peut être réduite à l’unité en tant qu’elle est
unique: « la passion d’être heureux », modifiée par l’action de la
« Mémoire » (chap. IV) et de l’« Imagination » (chap. V). A la
manière de Spinoza, Diderot entend cet « être heureux » comme un
sentiment (essentiellement passif) d’extension de la puissance
d’agir de l’être vivant. Elle s’articule organiquement de manière
différente et « prend différents noms suivant les objets » (infra,
p. 318). Le chapitre VII s’inspire, dans les définitions des passions,
du modèle cartésien de Cureau de la Chambre (supra, 2.1). Mais
Diderot y greffe la théorie montpelliéraine de Bordeu sur l’autonomie des organes dont dépend chaque passion et sur la théorie des
« pouls » et des « crises » caractérisant chaque passion
136
:
Je ne doute point que chaque passion n’ait une espèce de pouls
qui lui soit propre, ainsi que chaque organe ou maladie.
Chaque passion a son action propre. Cette action s’exécute par
des mouvements du corps. La fureur enflamme les yeux, serre
les poings et les dents, arrondit les paupières. La fierté relève la
tête, la gravité l’affermît […]. Je crois que les passions ont aussi
135 Un espace important est consacré aux états d’activité inconsciente du cerveau, aux chapitres « Sommeil » est, surtout, « Mémoire », infra, pp. 295-313.
136 Cf. Th. de Bordeu, Recherches sur le pouls, par rapport aux crises,
Paris, 1756; cf. aussi H. Fouquet, Essai sur les pouls par rapport aux affections
des principaux organes, Montpellier, 1767, et les articles « Pouls » (Enc. XIII,
pp. 207b-240a) et « Crise » (Enc. IV, pp. 471b-489a) par Bordeu.
88
INTRODUCTION
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(«Volonté »). Dans ce dernier, l’on retrouve l’exemple du géomètre automate (D’Alembert), mentionné plus haut (supra, 2.2).
Le pivot de l’argumentation porte sur la thèse que cette « machine
formidable », avant même de produire de la « pensée » dans toutes
ses formes plus ou moins manifestes
135 , est d’abord le moteur des
passions, du désir générateur premier des mystifications liées aux
apparences de la volonté. Il n’y a pas de « volonté libre », Diderot l’affirme sans réserves:
L’on dit que le désir naît de la volonté; c’est le contraire; c’est du
désir que naît la volonté. Le désir est fils de l’organisation, le
bonheur et le malheur, fils du bien-être ou du mal-être. On veut
être heureux (infra, p. 317).
Le phénomène fondamental de l’organe, par lequel il exprime
son impulsion, le besoin propre de chaque être, sera donc la « passion », qui seule peut être réduite à l’unité en tant qu’elle est
unique: « la passion d’être heureux », modifiée par l’action de la
« Mémoire » (chap. IV) et de l’« Imagination » (chap. V). A la
manière de Spinoza, Diderot entend cet « être heureux » comme un
sentiment (essentiellement passif) d’extension de la puissance
d’agir de l’être vivant. Elle s’articule organiquement de manière
différente et « prend différents noms suivant les objets » (infra,
p. 318). Le chapitre VII s’inspire, dans les définitions des passions,
du modèle cartésien de Cureau de la Chambre (supra, 2.1). Mais
Diderot y greffe la théorie montpelliéraine de Bordeu sur l’autonomie des organes dont dépend chaque passion et sur la théorie des
« pouls » et des « crises » caractérisant chaque passion
136
:
Je ne doute point que chaque passion n’ait une espèce de pouls
qui lui soit propre, ainsi que chaque organe ou maladie.
Chaque passion a son action propre. Cette action s’exécute par
des mouvements du corps. La fureur enflamme les yeux, serre
les poings et les dents, arrondit les paupières. La fierté relève la
tête, la gravité l’affermît […]. Je crois que les passions ont aussi
135 Un espace important est consacré aux états d’activité inconsciente du cerveau, aux chapitres « Sommeil » est, surtout, « Mémoire », infra, pp. 295-313.
136 Cf. Th. de Bordeu, Recherches sur le pouls, par rapport aux crises,
Paris, 1756; cf. aussi H. Fouquet, Essai sur les pouls par rapport aux affections
des principaux organes, Montpellier, 1767, et les articles « Pouls » (Enc. XIII,
pp. 207b-240a) et « Crise » (Enc. IV, pp. 471b-489a) par Bordeu.
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