pas; ce qui ajoute à notre erreur, ce sont les mots, qui tous pour
la plupart désignent une sensation simple (infra, p. 283).
Diderot reprend la partition des « facultés de l’âme » de l’Encyclopédie tirée de Bacon, dans l’ordre même de son exposé:
l’Entendement (chap. II) fait suite à la Sensation de la vue, suivent la Mémoire (chap. III) et l’Imagination (chap. IV). Ce sont
des « phénomènes du cerveau » qu’on ne trouve pas analysée
chez Haller, ni Diderot lui-même n’avait parlé auparavant, en ces
termes, de « facultés ». Et l’on voit bien, par la suite, que la même
doctrine des facultés de l’âme n’est plus qu’un souvenir lointain.
Diderot emploie le mot « faculté », dans le chapitre « Entendement », pour désigner (rarement) les effets des phénomènes perceptifs et des opérations cérébrales correspondantes, qui
deviennent, par des opérations de physique de la sensation
134 , des
faits linguistiques. Émergent ainsi, à travers le jeu du langage, les
fondements symboliques de l’unité matérielle de l’homme:
Il y a, dans la nature, des liaisons entre les objets et entre les parties d’un objet. Cette liaison est nécessaire. Elle entraîne une liaison ou une succession nécessaire de sons, correspondants à la
succession nécessaire des choses aperçues, senties, vues, flairées
ou touchées. Par exemple, on voit un arbre et le mot arbre est
inventé. On ne voit point un arbre sans voir immédiatement et
très constamment ensemble des branches, des feuilles, des
fleurs, une écorce, des nœuds, un tronc, des racines et voilà
qu’aussitôt que le mot arbre est inventé, d’autres signes s’inventent, s’enchaînent et s’ordonnent. De là, une suite de sensations,
d’idées et de mots liés et suivis. On regarde et l’on flaire un
œillet et l’on en reçoit une odeur forte ou faible, agréable ou
déplaisante; et voilà une autre série de sensations, d’idées et de
mots. De là naît la faculté de juger, de raisonner, de parler, quoiqu’on ne puisse pas s’occuper de deux choses à la fois (infra,
pp. 288-289).
Toutes les opérations cognitives et les états de conscience
manifestes qui suivent, sont des effets nécessaires (« fatalisme »)
de cette machine qui élabore la pensée comme une fabrique où
les ouvriers sont au travail sans que le prétendu « maître » le
134 Cf. Enc. XV, pp. 34b-38a: « Sensations », où Diderot exposait une théorie de la nature complexe des phénomènes perceptifs qui se démarquait déjà par
rapport à Locke.
INTRODUCTION
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AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 87
la plupart désignent une sensation simple (infra, p. 283).
Diderot reprend la partition des « facultés de l’âme » de l’Encyclopédie tirée de Bacon, dans l’ordre même de son exposé:
l’Entendement (chap. II) fait suite à la Sensation de la vue, suivent la Mémoire (chap. III) et l’Imagination (chap. IV). Ce sont
des « phénomènes du cerveau » qu’on ne trouve pas analysée
chez Haller, ni Diderot lui-même n’avait parlé auparavant, en ces
termes, de « facultés ». Et l’on voit bien, par la suite, que la même
doctrine des facultés de l’âme n’est plus qu’un souvenir lointain.
Diderot emploie le mot « faculté », dans le chapitre « Entendement », pour désigner (rarement) les effets des phénomènes perceptifs et des opérations cérébrales correspondantes, qui
deviennent, par des opérations de physique de la sensation
134 , des
faits linguistiques. Émergent ainsi, à travers le jeu du langage, les
fondements symboliques de l’unité matérielle de l’homme:
Il y a, dans la nature, des liaisons entre les objets et entre les parties d’un objet. Cette liaison est nécessaire. Elle entraîne une liaison ou une succession nécessaire de sons, correspondants à la
succession nécessaire des choses aperçues, senties, vues, flairées
ou touchées. Par exemple, on voit un arbre et le mot arbre est
inventé. On ne voit point un arbre sans voir immédiatement et
très constamment ensemble des branches, des feuilles, des
fleurs, une écorce, des nœuds, un tronc, des racines et voilà
qu’aussitôt que le mot arbre est inventé, d’autres signes s’inventent, s’enchaînent et s’ordonnent. De là, une suite de sensations,
d’idées et de mots liés et suivis. On regarde et l’on flaire un
œillet et l’on en reçoit une odeur forte ou faible, agréable ou
déplaisante; et voilà une autre série de sensations, d’idées et de
mots. De là naît la faculté de juger, de raisonner, de parler, quoiqu’on ne puisse pas s’occuper de deux choses à la fois (infra,
pp. 288-289).
Toutes les opérations cognitives et les états de conscience
manifestes qui suivent, sont des effets nécessaires (« fatalisme »)
de cette machine qui élabore la pensée comme une fabrique où
les ouvriers sont au travail sans que le prétendu « maître » le
134 Cf. Enc. XV, pp. 34b-38a: « Sensations », où Diderot exposait une théorie de la nature complexe des phénomènes perceptifs qui se démarquait déjà par
rapport à Locke.
INTRODUCTION
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