répond, en 1749, dans l’Histoire naturelle de l’Homme, qu’on
vient de citer
131 . Dans les Éléments, Diderot suit les positions de
La Mettrie
132 et commence une analyse descriptive des fonctions
sensorielles du cerveau: « l’âme sensitive » suivant la perspective
néoaristotélicienne du Traité de l’âme
133 . Le chapitre premier,
« Sensation » (au singulier), souligne le rôle de la fonction même
du sentir physique, plutôt que la faculté correspondante, à travers
une exploration de l’action des cinq sens, parmi lesquels la vue
revêt une importance particulière (infra, pp. 277-287). Diderot se
tient près de Haller, jusqu’à un certain point, là où il s’agit de l’organe et de son anatomie fonctionnelle. Une fois terminée l’anadémontré que la pensée n’est qu’une faculté de sentir; et que l’Âme raisonnable,
n’est que l’Âme sensitive appliquée à contempler les idées et à raisonner ! Ce
qui serait prouvé par cela seul que, lorsque le sentiment est éteint, la pensée l’est
aussi, comme dans l’Apoplexie, la Léthargie, la Catalepsie etc.»
131 Il faut souligner que Buffon demeure ambigu et prudent dans sa théorie
de l’Homo duplex – spirituel et animal à la fois. Il affirme que cette distinction
ne vaudrait que pour l’« homme intérieur », laissant entendre que l’« homme
extérieur » est d’une tout autre nature. Pour Diderot celle-ci est la seule nature
de l’homme. Buffon parle avec circonspection du cerveau des animaux et des
fonctions animales du cerveau, dans le tome VII de son Histoire (1758), dans un
chapitre secondaire, traitant des « animaux carnassiers ». Il nie qu’il soit le siège
du sensorium commune, principe d’unité du vivant. Il n’élabore pas un discours
spécifique sur le cerveau humain, qu’il tient pour instrument de nutrition et de
sécrétion: il en expose les caractéristiques dans le livre II (« De la nature de
l’homme ») comme organe qui entre dans le procès de la sensation ou du sentiment; mais dans ce même livre VII sur les animaux carnassiers, il en analyse les
fonctions complexes, physiologiques, nerveuses et organiques. Diderot ici unifie les deux perspectives, psychologique et physiologique, qui chez Buffon
demeuraient séparées.
132 Cf. aussi Enc. I, pp. 340b-343b: «*Âme », où Diderot expose et implicitement réfute les doctrine médicales qui s’essayaient de localiser l’âme, pour
terminer sur le fait (inexplicable) de l’union des deux substances: «Voilà donc
l’âme installée dans le corps calleux, jusqu’à ce qu’il survienne quelque expérience qui l’en déplace, et qui réduise les Physiologistes dans le cas de ne savoir
plus où la mettre. En attendant, considérons combien ses fonctions tiennent à
peu de chose; une fibre dérangée; une goutte de sang extravasé; une légère
inflammation; une chute; une contusion: et adieu le jugement, la raison, et toute
cette pénétration dont les hommes sont si vains: toute cette vanité dépend d’un
filet bien ou mal placé, sain ou mal sain…».
133 Cf. l’excellent essai d’A. Thomson, « Materialistic Theories of Mind
and Brain », dans W. Lefèvre (éd.), Between Leibniz, Newton and Kant, Dordrecht, 2001, pp. 149-173, souligne la continuité d’inspiration, entre La Mettrie
et Diderot, au sujet du « faux-problème » de l’âme spirituelle (pp. 165-166).
INTRODUCTION
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vient de citer
131 . Dans les Éléments, Diderot suit les positions de
La Mettrie
132 et commence une analyse descriptive des fonctions
sensorielles du cerveau: « l’âme sensitive » suivant la perspective
néoaristotélicienne du Traité de l’âme
133 . Le chapitre premier,
« Sensation » (au singulier), souligne le rôle de la fonction même
du sentir physique, plutôt que la faculté correspondante, à travers
une exploration de l’action des cinq sens, parmi lesquels la vue
revêt une importance particulière (infra, pp. 277-287). Diderot se
tient près de Haller, jusqu’à un certain point, là où il s’agit de l’organe et de son anatomie fonctionnelle. Une fois terminée l’anadémontré que la pensée n’est qu’une faculté de sentir; et que l’Âme raisonnable,
n’est que l’Âme sensitive appliquée à contempler les idées et à raisonner ! Ce
qui serait prouvé par cela seul que, lorsque le sentiment est éteint, la pensée l’est
aussi, comme dans l’Apoplexie, la Léthargie, la Catalepsie etc.»
131 Il faut souligner que Buffon demeure ambigu et prudent dans sa théorie
de l’Homo duplex – spirituel et animal à la fois. Il affirme que cette distinction
ne vaudrait que pour l’« homme intérieur », laissant entendre que l’« homme
extérieur » est d’une tout autre nature. Pour Diderot celle-ci est la seule nature
de l’homme. Buffon parle avec circonspection du cerveau des animaux et des
fonctions animales du cerveau, dans le tome VII de son Histoire (1758), dans un
chapitre secondaire, traitant des « animaux carnassiers ». Il nie qu’il soit le siège
du sensorium commune, principe d’unité du vivant. Il n’élabore pas un discours
spécifique sur le cerveau humain, qu’il tient pour instrument de nutrition et de
sécrétion: il en expose les caractéristiques dans le livre II (« De la nature de
l’homme ») comme organe qui entre dans le procès de la sensation ou du sentiment; mais dans ce même livre VII sur les animaux carnassiers, il en analyse les
fonctions complexes, physiologiques, nerveuses et organiques. Diderot ici unifie les deux perspectives, psychologique et physiologique, qui chez Buffon
demeuraient séparées.
132 Cf. aussi Enc. I, pp. 340b-343b: «*Âme », où Diderot expose et implicitement réfute les doctrine médicales qui s’essayaient de localiser l’âme, pour
terminer sur le fait (inexplicable) de l’union des deux substances: «Voilà donc
l’âme installée dans le corps calleux, jusqu’à ce qu’il survienne quelque expérience qui l’en déplace, et qui réduise les Physiologistes dans le cas de ne savoir
plus où la mettre. En attendant, considérons combien ses fonctions tiennent à
peu de chose; une fibre dérangée; une goutte de sang extravasé; une légère
inflammation; une chute; une contusion: et adieu le jugement, la raison, et toute
cette pénétration dont les hommes sont si vains: toute cette vanité dépend d’un
filet bien ou mal placé, sain ou mal sain…».
133 Cf. l’excellent essai d’A. Thomson, « Materialistic Theories of Mind
and Brain », dans W. Lefèvre (éd.), Between Leibniz, Newton and Kant, Dordrecht, 2001, pp. 149-173, souligne la continuité d’inspiration, entre La Mettrie
et Diderot, au sujet du « faux-problème » de l’âme spirituelle (pp. 165-166).
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