tie (homonyme) des Éléments: « Phénomènes du cerveau ». Déjà
le chapitre « Cerveau » de la deuxième partie (infra, pp. 56-62),
suit de plus près Tarin que Haller. Dans la troisième partie, finalement, l’encéphale entier (non seulement la moelle allongée ou
les méninges), est conçu comme une véritable machine à penser
productrice de tous les événements psychiques qu’on peut attribuer à la vie mentale. Ce n’est pas à Haller ici, ni à Tarin à donner le ton de la recherche: la démarche, inverse par rapport à
Astruc, est lockienne. Et la première cible est une autorité scientifique reconnue par Diderot lui-même: Buffon. Diderot conteste
ses opinions autorisées sur le rôle du cerveau qui ne serait pas le
lieu du sensorium. Buffon écrivait en effet:
Si l’on veut donc que le siège des sensations soit dans la tête, il
sera dans les méninges et non dans la partie médullaire du cerveau, dont la substance est toute différente […] car comment se
peut-il qu’une partie insensible, une substance molle et inactive,
telle qu’est la cervelle, soit l’organe même du sentiment et du
mouvement? […] il paraît que le cerveau, qui est nourri par les
artères lymphatiques, fournit à son tour la nourriture aux nerfs, et
que l’on doit les considérer comme une espèce de végétation qui
part du cerveau par troncs et par branches, lesquelles se divisent
ensuite en une infinité de rameaux. Les cerveau est aux nerfs ce
que la terre est aux plantes […]. Le cerveau, au lieu d’être le siège
des sensations, le principe du sentiment, ne sera donc qu’un
organe de sécrétion et de nutrition, mais un organe très essentiel,
sans lequel les nerfs ne pourraient ni croître ni s’entretenir
129
.
La querelle avait été ouverte des décennies auparavant par La
Mettrie. Le médecin hétérodoxe affirmait, dans son Histoire
naturelle de l’âme (1745), que le sensorium coïncide avec tout
l’encéphale, y compris les faisceaux médullaires, jusqu’à la
moelle de l’épine et les nerfs. La Mettrie réitère son opinion
et l’approfondit dans l’Homme-Machine (1748)
130 . Buffon lui
129 G.-L.-L. de Buffon, Histoire naturelle, éd. J. Varloot, Paris, 1984,
pp. 120-122; infra, p. 183, au chap. VII (Partie II): « Fluide nerveux », Diderot
se souviendra de cette conception: «Y a-t-il une lymphe subtile, dont la substance moelleuse des méninges soit imprégnée? Je ne le nie pas. Trouve-t-on au
tronc des nerfs la même substance moelleuse imprégnée de lymphe? Je le veux.
Le cerveau en est-il l’organe sécrétoire? Je le crois ».
130 J. O. de La Mettrie, Œuvres philosophiques, éd. F. Markovits, Paris,
1987, vol. I, pp. 151-155 et p. 108: « Combien d’excellents Philosophes ont
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INTRODUCTION
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 84
le chapitre « Cerveau » de la deuxième partie (infra, pp. 56-62),
suit de plus près Tarin que Haller. Dans la troisième partie, finalement, l’encéphale entier (non seulement la moelle allongée ou
les méninges), est conçu comme une véritable machine à penser
productrice de tous les événements psychiques qu’on peut attribuer à la vie mentale. Ce n’est pas à Haller ici, ni à Tarin à donner le ton de la recherche: la démarche, inverse par rapport à
Astruc, est lockienne. Et la première cible est une autorité scientifique reconnue par Diderot lui-même: Buffon. Diderot conteste
ses opinions autorisées sur le rôle du cerveau qui ne serait pas le
lieu du sensorium. Buffon écrivait en effet:
Si l’on veut donc que le siège des sensations soit dans la tête, il
sera dans les méninges et non dans la partie médullaire du cerveau, dont la substance est toute différente […] car comment se
peut-il qu’une partie insensible, une substance molle et inactive,
telle qu’est la cervelle, soit l’organe même du sentiment et du
mouvement? […] il paraît que le cerveau, qui est nourri par les
artères lymphatiques, fournit à son tour la nourriture aux nerfs, et
que l’on doit les considérer comme une espèce de végétation qui
part du cerveau par troncs et par branches, lesquelles se divisent
ensuite en une infinité de rameaux. Les cerveau est aux nerfs ce
que la terre est aux plantes […]. Le cerveau, au lieu d’être le siège
des sensations, le principe du sentiment, ne sera donc qu’un
organe de sécrétion et de nutrition, mais un organe très essentiel,
sans lequel les nerfs ne pourraient ni croître ni s’entretenir
129
.
La querelle avait été ouverte des décennies auparavant par La
Mettrie. Le médecin hétérodoxe affirmait, dans son Histoire
naturelle de l’âme (1745), que le sensorium coïncide avec tout
l’encéphale, y compris les faisceaux médullaires, jusqu’à la
moelle de l’épine et les nerfs. La Mettrie réitère son opinion
et l’approfondit dans l’Homme-Machine (1748)
130 . Buffon lui
129 G.-L.-L. de Buffon, Histoire naturelle, éd. J. Varloot, Paris, 1984,
pp. 120-122; infra, p. 183, au chap. VII (Partie II): « Fluide nerveux », Diderot
se souviendra de cette conception: «Y a-t-il une lymphe subtile, dont la substance moelleuse des méninges soit imprégnée? Je ne le nie pas. Trouve-t-on au
tronc des nerfs la même substance moelleuse imprégnée de lymphe? Je le veux.
Le cerveau en est-il l’organe sécrétoire? Je le crois ».
130 J. O. de La Mettrie, Œuvres philosophiques, éd. F. Markovits, Paris,
1987, vol. I, pp. 151-155 et p. 108: « Combien d’excellents Philosophes ont
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