par l’analogie qu’il suppose entre les fibres du cerveau et celles
des instruments de musique. Selon lui, c’est un axiome que
chaque idée simple est produite par l’ébranlement d’une fibre
déterminée; et que chaque idée composée est produite par des
vibrations isochrones de plusieurs fibres; que le plus grand ou le
moindre degré d’évidence fait le plus grand ou le moindre degré
de force de l’ébranlement des fibres. Mais toutes ces choses sont
si peu démontrées, qu’il paraît inutile de s’y arrêter: il n’en est
cependant pas moins vrai que ce qu’on peut entrevoir dans les
nerfs et dans la structure du cerveau, nous présente partout une
industrie merveilleuse. Je ne craindrai donc point de déplaire à
mon lecteur, en ajoutant ici l’explication des différents phénomènes qui sont liés au détail que nous allons donner sur les vues
de la nature (Enc. II, p. 863b).
Tarin mentionne ici Jean Astruc (1684-1766), médecin de
Montpellier, docteur régent de la faculté de Paris et auteur de plusieurs traités sur la fermentation, les tumeurs, les ulcères, les
maladies vénériennes et l’obstétrique, représentant des Docteurs
dans la querelle (1747) qui l’opposa à La Peyronie, de la corporations des maîtres chirurgiens jurés. Astruc – dont la doctrine de
la résonance des fibres fait penser au « clavecin » de Diderot dans
Le Rêve – avait exposé ses idées sur le cerveau dans la dissertation An sympathia partium a certa nervorum positura in interno
sensorio (Paris, 1736), où il « s’était rallié à une sorte de réflexion
centrale des esprits animaux en provenance d’un nerf vers un
autre sous des angles déterminés correspondant à la direction de
la partie qui sera affectée ‘sympathiquement’»
128 . Astruc avait
déjà écrit une Brevis Responsio criticis animadversionibus Francisci Renati Vieussens, in Tractatum de causa motus fermentativi
(Montpellier, 1702) et, plus tard, sa Dissertation sur l’immatérialité et l’immortalité de l’âme. Dissertation sur la liberté (Paris,
1755), où il prétend démontrer la séparation de l’« âme » (immatérielle et libre) par rapport au cerveau en tant qu’organe mécanique de production d’idées. Tout en demeurant dans une
perspective cartésienne et dualiste qui préserve un domaine
propre à la « liberté morale » indépendante des mécanismes physiques, les idées exposées par Tarin sur les « phénomènes » du
cerveau ont eu sans doute plus d’importance pour Diderot,
comme des cibles critiques, dans la rédaction de la troisième par128 Duchesneau, La Physiologie des Lumières cit., p. 205.
INTRODUCTION
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des instruments de musique. Selon lui, c’est un axiome que
chaque idée simple est produite par l’ébranlement d’une fibre
déterminée; et que chaque idée composée est produite par des
vibrations isochrones de plusieurs fibres; que le plus grand ou le
moindre degré d’évidence fait le plus grand ou le moindre degré
de force de l’ébranlement des fibres. Mais toutes ces choses sont
si peu démontrées, qu’il paraît inutile de s’y arrêter: il n’en est
cependant pas moins vrai que ce qu’on peut entrevoir dans les
nerfs et dans la structure du cerveau, nous présente partout une
industrie merveilleuse. Je ne craindrai donc point de déplaire à
mon lecteur, en ajoutant ici l’explication des différents phénomènes qui sont liés au détail que nous allons donner sur les vues
de la nature (Enc. II, p. 863b).
Tarin mentionne ici Jean Astruc (1684-1766), médecin de
Montpellier, docteur régent de la faculté de Paris et auteur de plusieurs traités sur la fermentation, les tumeurs, les ulcères, les
maladies vénériennes et l’obstétrique, représentant des Docteurs
dans la querelle (1747) qui l’opposa à La Peyronie, de la corporations des maîtres chirurgiens jurés. Astruc – dont la doctrine de
la résonance des fibres fait penser au « clavecin » de Diderot dans
Le Rêve – avait exposé ses idées sur le cerveau dans la dissertation An sympathia partium a certa nervorum positura in interno
sensorio (Paris, 1736), où il « s’était rallié à une sorte de réflexion
centrale des esprits animaux en provenance d’un nerf vers un
autre sous des angles déterminés correspondant à la direction de
la partie qui sera affectée ‘sympathiquement’»
128 . Astruc avait
déjà écrit une Brevis Responsio criticis animadversionibus Francisci Renati Vieussens, in Tractatum de causa motus fermentativi
(Montpellier, 1702) et, plus tard, sa Dissertation sur l’immatérialité et l’immortalité de l’âme. Dissertation sur la liberté (Paris,
1755), où il prétend démontrer la séparation de l’« âme » (immatérielle et libre) par rapport au cerveau en tant qu’organe mécanique de production d’idées. Tout en demeurant dans une
perspective cartésienne et dualiste qui préserve un domaine
propre à la « liberté morale » indépendante des mécanismes physiques, les idées exposées par Tarin sur les « phénomènes » du
cerveau ont eu sans doute plus d’importance pour Diderot,
comme des cibles critiques, dans la rédaction de la troisième par128 Duchesneau, La Physiologie des Lumières cit., p. 205.
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