particulière. Au XVIII
e siècle s’opposaient principalement deux
doctrines anatomiques concernant la nature de l’encéphale qu’on
considérait généralement comme une « glande » nourricière, à
l’origine des faisceaux des nerfs. La première thèse, qui remonte
aux ouvrages de Marcello Malpighi (1628-1694)
124 , soutient la
texture folliculaire de l’organe, qui se démultiplierait dans toutes
les directions du réseau nerveux: un « viscère » glandulaire de
type conglobé en forme d’arbre creux diffusé, ramifié à l’intérieur du corps à travers les nerfs. La deuxième thèse, celle de
l’anatomiste et botaniste hollandais, déjà mentionné, F. Ruysch
125
soutenait la thèse de la texture vasculaire de l’organe (totum corpus ex vasculis): un parenchyme cérébral injecté de liqueur rouge
qui se diffuse du cortex jusque dans les carotides, étendu comme
une matière muqueuse qui tend au solide – leçon reprise par les
montpelliérains (supra, § 1) – et qui pénètre en profondeur toute
la masse cérébrale (« la cervelle »). Le cerveau serait, dans ce cas,
le seul et unique siège du sensorium commune. Ruysch avait
développé une méthode d’injection de liquides colorés dans les
vaisseaux pour mettre en évidence les parties anatomiques analysables. C’est une méthode qui devint célèbre. Diderot, du point
de vue anatomo-physiologique, semble partager la thèse de
Ruysch, mais avec des réserves sceptiques liées au constat de la
complexité de l’organe
126 :
Le cerveau est artériel, il est arrosé de vaisseaux sanguins qui y
déposent, en se perdant dans sa substance, une lymphe.
Rien de si divers, de si composé que le cerveau; pas moins de
diversité dans cet organe que dans les physionomies.
La variété remarquable dans la situation des plus petites particules qui forment la structure du cerveau dans différents individus n’a pas été suffisamment remarquée par les physiologues.
De là l’ignorance de l’usage de cet organe (infra, p. 171).
124 Cf. M. Malpighi, De viscerum structura exercitatio anatomica, Bononiæ, 1666 [Amsterdam, 1669]. Diderot le mentionne deux fois, infra, pp. 162 et
272.
125 Cf. F. Ruysch, Observationum anatomico-chirurgicarum centuria,
Amsterdam 1691 [1721
2 ; 1737
3 ], infra, p. 171.
126 Diderot donne tort à Ruysch, à propos du mécanisme de la génération,
infra, p. 240: «Y a-t-il semence dans la matrice, et dans les trompes? Ruysch dit
oui: Harvey dit non. Ruysch sur un seul fait; Harvey sur mille. Mucosité n’en at-elle pas imposée à Ruysch?».
INTRODUCTION
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e siècle s’opposaient principalement deux
doctrines anatomiques concernant la nature de l’encéphale qu’on
considérait généralement comme une « glande » nourricière, à
l’origine des faisceaux des nerfs. La première thèse, qui remonte
aux ouvrages de Marcello Malpighi (1628-1694)
124 , soutient la
texture folliculaire de l’organe, qui se démultiplierait dans toutes
les directions du réseau nerveux: un « viscère » glandulaire de
type conglobé en forme d’arbre creux diffusé, ramifié à l’intérieur du corps à travers les nerfs. La deuxième thèse, celle de
l’anatomiste et botaniste hollandais, déjà mentionné, F. Ruysch
125
soutenait la thèse de la texture vasculaire de l’organe (totum corpus ex vasculis): un parenchyme cérébral injecté de liqueur rouge
qui se diffuse du cortex jusque dans les carotides, étendu comme
une matière muqueuse qui tend au solide – leçon reprise par les
montpelliérains (supra, § 1) – et qui pénètre en profondeur toute
la masse cérébrale (« la cervelle »). Le cerveau serait, dans ce cas,
le seul et unique siège du sensorium commune. Ruysch avait
développé une méthode d’injection de liquides colorés dans les
vaisseaux pour mettre en évidence les parties anatomiques analysables. C’est une méthode qui devint célèbre. Diderot, du point
de vue anatomo-physiologique, semble partager la thèse de
Ruysch, mais avec des réserves sceptiques liées au constat de la
complexité de l’organe
126 :
Le cerveau est artériel, il est arrosé de vaisseaux sanguins qui y
déposent, en se perdant dans sa substance, une lymphe.
Rien de si divers, de si composé que le cerveau; pas moins de
diversité dans cet organe que dans les physionomies.
La variété remarquable dans la situation des plus petites particules qui forment la structure du cerveau dans différents individus n’a pas été suffisamment remarquée par les physiologues.
De là l’ignorance de l’usage de cet organe (infra, p. 171).
124 Cf. M. Malpighi, De viscerum structura exercitatio anatomica, Bononiæ, 1666 [Amsterdam, 1669]. Diderot le mentionne deux fois, infra, pp. 162 et
272.
125 Cf. F. Ruysch, Observationum anatomico-chirurgicarum centuria,
Amsterdam 1691 [1721
2 ; 1737
3 ], infra, p. 171.
126 Diderot donne tort à Ruysch, à propos du mécanisme de la génération,
infra, p. 240: «Y a-t-il semence dans la matrice, et dans les trompes? Ruysch dit
oui: Harvey dit non. Ruysch sur un seul fait; Harvey sur mille. Mucosité n’en at-elle pas imposée à Ruysch?».
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