gnomonie comme à l’instrument d’une espèce de théorie matérialiste des apparences morales. Cet intérêt avait eu des conséquences importantes dans le domaine de l’esthétique du théâtre
notamment (Paradoxe sur le comédien, Discours de la poésie
dramatique). Il reprend ici quelques aperçus sous forme de
moralia:
Point d’animaux en qui la physionomie soit plus variée que dans
l’homme. Lorsque les vieillards ont de la physionomie, ils en ont
beaucoup. Leurs rides sont comme les traits profonds du burin
du temps, qui a rendu fortement l’image d’une passion qui
n’existe plus. L’homme sans physionomie n’est rien. Celui qui a
l’air d’un homme de bien, l’est peut-être; celui qui a l’air vil et
méchant l’est toujours. L’homme d’esprit peut avoir l’air d’un
sot. Un sot n’a jamais l’air d’un homme d’esprit (infra, p. 142,
mes italiques).
Le fond de ces considérations, apparemment anodines,
atteste un propos cher à Diderot : l’homme n’est fait – dans sa
personne, sa psychologie et ses désirs les plus typiques – que
d’apparences physiques (symptômes) et d’événements internes
corporels (causes). La méthode anatomo-physiologique de Haller est brillamment étendue au domaine moral, esthétique et psychologique. L’« âme » n’a sûrement pas disparu. Elle est
enracinée au corps, de manière à ne pouvoir plus y être distincte,
à l’égard de ses phénomènes physiques observables. Vie et mort
y font un tout un.
4. L’ÂME AU CORPS. LE RÔLE DU CERVEAU:
UNE ANTHROPOLOGIE
MATÉRIALISTE NATURALISÉE
4.1. Machines à penser. Les passions du cerveau,
4.1. l’unité matérielle de l’homme
La psychophysiologie diderotienne, on l’a vu, est redevable à
la fois des doctrines nouvelles des montpelliérains, de Haller et
de la tradition iatromécaniste cartésienne, objet de critique. Diderot tint une position méthodologiquement sceptique pour opérer
une médiation entre plusieurs théories médicales. Le rôle du
cerveau, dans cette opération médiatrice, prend une importance
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INTRODUCTION
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 80
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