entre ces organes les uns la conservent plus ou moins longtemps
que d’autres.
Elle paraît proportionnée aux progrès de la dureté; plus un
organe est dur, moins il est sensible. Plus il s’avance rapidement
à la dureté, plus rapidement il perd de sa sensibilité et s’isole du
système.
De tous les organes solides la cervelle conserve le plus longtemps sa mollesse et sa vie (infra, pp. 125-126: Vie).
L’irritabilité, en somme, ne serait que de la sensibilité durcie,
obtuse. Il y en a des témoignages, selon Diderot, dans toutes les
« productions monstrueuses de la nature » qui attestent, d’une
part, le hasard qui gouverne le processus d’organisation en fonction du temps ; d’autre part, le clivage qui existe entre la vie et la
mort, le sens et le non sens, la sensibilité et la non sensibilité de
l’organe ou de l’animal, dépendent de la même variable fonctionnelle : la temporalité. La mort « s’arrête » à la frontière de la
molécule organique, l’élément ultime, atemporel, essentiel du
vivant :
L’animal entier vit privé de plusieurs de ses parties. Des fœtus
monstrueux sont nés et ont vécu du moins quelques moments
sans tête: des animaux ont vécu et même satisfait à toutes leurs
fonctions sans cerveau, ou même avec un cerveau ossifié ou
pétrifié; des enfants ont vécu et se sont mus sans moelle allongée; Il y a cent preuves de la folie des esprits animaux.
Le cœur, Les poumons, la rate, la main, presque toutes les parties
de l’animal vivent quelque temps séparées du tout. La tête même
séparée du corps, regarde et vit. Il n’y a que la vie de la molécule,
ou sa sensibilité qui ne cesse point. C’est une de ses qualités
essentielles. La mort s’arrête là (infra, pp. 126-127).
L’attestation de ce primat de la vis sensibilis sur la vis irritabilis est donnée, selon Diderot, précisément par l’analyse de la
variable-temps liée aux phénomènes de perte d’irritabilité dans la
fibre, qui est une perte aussi de sensibilité, comme on a vu auparavant (supra, 2.3). Malgré toute perte de force motrice dans les
organes, même dans des cas de mort apparente de la fibre, il y a
des attestations expérimentales, des cas cliniques, dans lesquels
la sensibilité et la même organisation fonctionnelle des organes
ne cessent pas. Encore, Bordeu est-il l’inspirateur de ces
réflexions philosophiques, qui mènent droit au matérialisme biologique, voire au « transformisme »:
78
INTRODUCTION
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 78
Précédent

- 79/514

Suivant