vivisection (animata anatome voulait dire aussi cela), relatent
des gémissements lancinants des animaux (pour la plupart, chats
et chiens), qui manifestaient ainsi, dans les douleurs les plus
atroces, l’action physique provoquées par l’irritation artificielle
des nerfs (feu, fer, froid etc.), par ailleurs absolument immobiles.
En partant de l’automatisme cardiaque
119 , le parcours analytique
de Haller parvient à ratifier la complète suffisance que la notion
d’irritabilité dénote pour rendre compte des dynamiques, extrêmement complexes, de la transmission nerveuse
120 . Haller arrive
ensuite, avec ses « tables des parties sensibles et irritables des animaux », à un résultat philosophique involontaire, selon lui erroné
et inavoué, mais dont Diderot tiendra le plus grand compte: il y a
une séparation précise des dynamiques des forces animales par
rapport à la volonté consciente de l’« âme », et la construction
d’une physiologie scientifique rigoureuse suppose la connaissance physio-perceptive des mécanismes nerveux permettant
d’expulser définitivement cette « âme » du gouvernement du
corps. Le principe d’irritabilité est indépendant de l’âme, il n’est
pas l’âme dans le corps, il n’est qu’une propriété du corps. Peu
importe comment l’on en décrit les effets du point de vue de la
phénoménologie expérimentale. Chez Haller la délimitation
rigoureuse de l’irritabilité – mécanisme tout à fait indépendant
des « volontés » conscientes de l’organisme – servait à préserver
précisément l’espace d’action de l’âme dans son rapport au
corps. Diderot, en matérialiste, procède dans les Éléments à une
réunification des forces physiques fondamentales qui gouvernent
la machine corporelle: irritabilité et sensibilité, les seules valides,
ne sont qu’une seule et même vis.
Le projet théorique de l’animata anatome, le micro-mécanisme hallerien – postulant un grade déterminé d’exercice des
deux vis, pour chaque niveau de complexité anatomique – est
ainsi reçu par Diderot avec cette correction essentielle qui en
bouleverse le sens (La Mettrie, dans l’Homme-Machine, avait
déjà franchi ce passage
121 ): la vis irritabilis devient une manifes119 Cf. A. von Haller, Sur la formation du cœur dans le poulet; sur l’œil; sur
la structure du jaune, 2 vol., Lausanne, 1758.
120 Cf. Duchesneau, La Physiologie des Lumières cit., pp. 127-137: « Les
postulats de l’anatome animata selon Haller ».
121 Ibidem, pp. 150-151: « Le nouveau matérialisme, celui qui prendra bientôt son essor avec Diderot et d’Holbach et aboutira aux positions spéculatives de
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