Certaines parties du corps conservent après la mort plus ou
moins longtemps leur irritabilité ou vie propre. Leur dernière
décomposition est en vers etc.
Le cœur et les intestins longtemps irritables (infra, p. 124, mes
italiques).
S’ouvre ici la perspective du débat et du combat qui parcourt
le XVIII
e siècle et divise les physiologistes, à propos du problème
de l’« irritabilité » de la fibre, notion qui n’était pas acceptée paisiblement par tous les philosophes
116 . La position de Haller était
claire: dans la perspective de l’animata anatome, l’on peut distinguer expérimentalement deux propriétés physiques essentielles attachées au complexe des fibres des organes: la vis
irritabilis et la vis sensibilis. En 1752, à l’Académie de Göttingen, Haller prononça deux dissertations célèbres qui avaient un
titre commun sur ce sujet de la nature de la fibre animale dans
l’homme
117 . Plus tard, il élargira ses perspectives à tous les animaux en général
118 . Ces deux forces organiques identifient les
facultés ou fonctions particulières suivant lesquelles certaines
parties du corps vivant réagissent à une stimulation physique ou
par des contractions involontaires (vis irritabilis), ou par des
manifestations de douleur plus ou moins évidentes (vis sensibilis). L’irritabilité affecte, selon Haller, uniquement certaines parties, elle est limitée et circonscrite aux faisceaux de fibres
musculaires qui réagissent sans douleur au stimulus par ces
contractions qui sont mesurables et involontaires. La sensibilité
est la faculté spécifique des fibres nerveuses. Mêmes les inflammations, les stimulations les plus violentes de la fibre animale ne
peuvent provoquer de la douleur dans ces parties du corps où les
nerfs n’y sont pas, manquent, ou leur communication avec l’origine du faisceau a été interrompue.
D’autre part, un nombre imposant de comptes-rendus expérimentaux obtenus par Haller par la pratique systématique de la
116 Cf. Duchesneau, La Physiologie des Lumières cit., chap. 5, pp. 141-170:
« La théorie physiologique de Haller: irritabilité et sensibilité ».
117 Cf. A. von Haller, « De partibus corporis humani sensibilibus et irritabilibus », dans Commentarii Societatis regiæ scientiarum gottingensis, ad annum
1752, vol. II, Gottingæ, 1753, pp. 114-158.
118 Cf. A. von Haller, Mémoires sur la nature sensible et irritable des parties du corps animal, 4 vol., Lausanne, 1756-1760.
INTRODUCTION
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