toute considération finaliste. Diderot, en somme, conclut que les
animaux n’ont pas une véritable morale, comme il pouvait
paraître aux yeux du naturaliste naïf – au déiste même, à l’abbé
Pluche
114 par exemple – mais ils ont bien plutôt un comportement
nécessité par la structure spécifique de leur organisme et de ses
besoins, auxquels certaines fonctions comportementales répondent mieux que d’autres. Aussi, ce sont ces fonctions spécifiques
du comportement qui se développent au détriment des autres,
dans le temps des « époques » de la nature.
A propos de ces points spécifiques les Éléments fournissent
des interrogations critiques au lieu des réponses; ils soulèvent des
questions ciblées sur les apories et les incertitudes des naturalistes
auxquels le philosophe se confronte. C’est sur ce thème de l’action et du comportement des animaux et des organes que la notion
d’« organisation » acquiert toute son importance au cœur de l’argumentation de la première Partie. Qu’entend donc Diderot par ce
concept? « Organisation » est la capacité qu’à l’être vivant de
développer et conserver, dans le temps de formation de son individualité corporelle, les propriétés physiques des organes qui en
caractérisent les fonctions propres par rapport au tout. « Organisation » est aussi la capacité de transmettre de telles propriétés à la
descendance biologique. L’une de ces caractéristiques propre à
tout organe vivant est l’irritabilité de ses fibres (C1), comme Haller enseigne à Diderot dans ses Primæ linæe: « En physiologie la
fibre est ce que la ligne est en mathématiques »
115
. Fondement
même de la vie des organes, leur « principe » de vie, l’irritabilité
est la « première vie » au début de la sensibilité, comme l’affirme
Diderot, contrairement à l’opinion de Haller:
Cette force d’irritabilité est différente de toute autre force
connue; c’est la vie, la sensibilité; elle est propre à la fibre
molle; elle s’affaiblit et s’éteint dans la fibre qui se racornit; elle
est plus grande dans la fibre unie au corps, que dans la fibre qui
en est séparée. Cette force ne dépend ni de la pesanteur, ni de
l’attraction, ni de l’élasticité.
114 Cf. J. Pluche, Le spectacle de la nature, ou Entretiens sur les particularités de l’Histoire naturelle qui ont paru les plus propres à rendre les jeunes
gens curieux et à leur former l’esprit, 9 vol., Paris, 1732-1750.
115 Infra, p. 156; pour un cadre historique complet cf. S. Poggi, L’anima e
l’anatomia. Struttura, funzioni e forza vitale nella fisiologia, dans P. Rossi (éd.),
Storia della scienza moderna e contemporanea cit., vol. 1, to. II, pp. 623-644.
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INTRODUCTION
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animaux n’ont pas une véritable morale, comme il pouvait
paraître aux yeux du naturaliste naïf – au déiste même, à l’abbé
Pluche
114 par exemple – mais ils ont bien plutôt un comportement
nécessité par la structure spécifique de leur organisme et de ses
besoins, auxquels certaines fonctions comportementales répondent mieux que d’autres. Aussi, ce sont ces fonctions spécifiques
du comportement qui se développent au détriment des autres,
dans le temps des « époques » de la nature.
A propos de ces points spécifiques les Éléments fournissent
des interrogations critiques au lieu des réponses; ils soulèvent des
questions ciblées sur les apories et les incertitudes des naturalistes
auxquels le philosophe se confronte. C’est sur ce thème de l’action et du comportement des animaux et des organes que la notion
d’« organisation » acquiert toute son importance au cœur de l’argumentation de la première Partie. Qu’entend donc Diderot par ce
concept? « Organisation » est la capacité qu’à l’être vivant de
développer et conserver, dans le temps de formation de son individualité corporelle, les propriétés physiques des organes qui en
caractérisent les fonctions propres par rapport au tout. « Organisation » est aussi la capacité de transmettre de telles propriétés à la
descendance biologique. L’une de ces caractéristiques propre à
tout organe vivant est l’irritabilité de ses fibres (C1), comme Haller enseigne à Diderot dans ses Primæ linæe: « En physiologie la
fibre est ce que la ligne est en mathématiques »
115
. Fondement
même de la vie des organes, leur « principe » de vie, l’irritabilité
est la « première vie » au début de la sensibilité, comme l’affirme
Diderot, contrairement à l’opinion de Haller:
Cette force d’irritabilité est différente de toute autre force
connue; c’est la vie, la sensibilité; elle est propre à la fibre
molle; elle s’affaiblit et s’éteint dans la fibre qui se racornit; elle
est plus grande dans la fibre unie au corps, que dans la fibre qui
en est séparée. Cette force ne dépend ni de la pesanteur, ni de
l’attraction, ni de l’élasticité.
114 Cf. J. Pluche, Le spectacle de la nature, ou Entretiens sur les particularités de l’Histoire naturelle qui ont paru les plus propres à rendre les jeunes
gens curieux et à leur former l’esprit, 9 vol., Paris, 1732-1750.
115 Infra, p. 156; pour un cadre historique complet cf. S. Poggi, L’anima e
l’anatomia. Struttura, funzioni e forza vitale nella fisiologia, dans P. Rossi (éd.),
Storia della scienza moderna e contemporanea cit., vol. 1, to. II, pp. 623-644.
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