Rêve de D’Alembert, Diderot se montre partisan fidèle du modèle
classique, épicurien, de cosmogonie, en soutenant l’hypothèse
des générations spontanées, réinterprétées comme des espèces de
« métamorphoses » des natures organiques. C’était une idée que
déjà F. Redi avait réfuté à la fin du XVII
e siècle. L. Spallanzani,
dans le Saggio di osservazioni microscopiche concernenti il sistema della generazione de’ Signori di Needham e Buffon, en
1765, démontre que les générations de vers et d’autres petits
organismes de la terre humide ou des cadavres et carcasses en
décomposition sont inexistantes
111 . L’abbé irlandais J. T. Needham sembla ressusciter, contre Spallanzani, ces générations
spontanées avec des nouveaux arguments qui étayaient l’idée de
la fécondité créatrice de la matière – après les Nouvelles observations microscopiques (1750, supra, 2.2) –, dans les Nouvelles
recherches sur les découvertes microscopiques et la génération
des corps organisés, ouvrage traduit de l’italien de M. l’abbé
Spallanzani... avec des Notes, des Recherches physiques et métaphysiques sur la nature et la religion, et une nouvelle théorie de
la terre, par M. de Needham (2 vol., Londres-Paris, 1769). Needham croyait pouvoir démontrer que, dans certaines solutions
liquides non soumises à l’action de l’air, se formaient « spontanément » des colonies d’animalcules, d’infusoires et des bactéries.
D’après ses résultats, Needham concluait à l’existence d’une
force « expansive » ou végétative de la matière, essentielle à la
génération des organismes. Diderot lui fait encore confiance dans
les Éléments, en vertu du postulat matérialiste de l’énergie intrinsèque propre à toute matière vivante, mais avec beaucoup de prudence et des doutes critiques qui témoignent de sa lecture de
Spallanzani (supra, 2.3).
En général, Diderot réemploie et redéfinit le concept classique
de « métamorphose ». Dans la tradition classique et de la Renaissance, il concernait uniquement la mutation temporaire, parfois
réversible et souvent inexpliquée de façon causale, des individus
111 Cf. Lucrèce, De la nature, éd. A. Ernout, Paris, 1942, liv. II, vv. 872882: « On peut voir des vers vivants sortir de la fange infecte quand, à la suite
de pluies excessives, la terre détrempée se décompose; et du reste tous les corps
se transforment de la même manière (...). Ainsi la nature convertit en corps
vivants toute espèce de nourriture, elle en forme tous les sens des êtres animés,
à peu près comme elle fait jaillir la flamme du bois sec, et convertit en feu toute
espèce de corps ». Cf. aussi, liv. V, vv. 416-450; 785-820; 837-861.
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