dans la réflexion philosophique sur le rôle que joue la variabletemps dans la science du vivant.
3.3. Métamorphose
Comme il arrive souvent chez Diderot – J. Roger le définit, et
pour cause, comme « à la fois le plus hardi et le plus humble des
grands philosophes du XVIII
e siècle »
109 – la capacité intuitive
poétique de jeter loin son regard au-delà de son siècle s’accompagne de la persistance d’une vision classique, épicuro-lucrécienne, des vicissitudes (concept qui remonte à G. Bruno aussi)
des êtres naturels. La notion de métamorphose et l’utilisation que
Diderot fait des métaphores de la « transformation » dans les Éléments en sont un témoignage éloquent. Ce concept, d’origine
greco-romaine, on le retrouve, évidemment, chez Ovide, un
auteur cher à Diderot. Cependant, en écrivain philosophe, Diderot
plie le sens du mot classique vers une direction nouvelle. Il utilise
« métamorphose » pour exprimer le passage ontologique d’une
espèce vivante à l’autre, comme dans ce tableau « des êtres »:
La forme n’est souvent qu’un masque qui trompe; et le chaînon
qui paraît manquer réside peut-être dans un être connu, à qui les
progrès de l’anatomie comparée n’ont encore pu assigner sa
véritable place.
Le papillon est ver, chenille et papillon. L’éphémère est chrysalide pendant quatre ans. La grenouille commence par être têtard.
Combien de métamorphoses nous échappent ! J’en vois d’assez
rapides: pourquoi n’y en aurait-il pas, dont les périodes seraient
plus éloignées? Qui sait ce que deviennent les molécules insensibles des animaux après leur mort?
La manière de classer les êtres avec exactitude ne peut donc être
que le fruit des travaux successifs d’un grand nombre de naturalistes: elle sera pénible et très lente. Attendons et ne nous pressons pas de juger (infra, pp. 108-109, mes italiques).
Dans les Pensées sur l’interprétation de la nature, Diderot
observait que les êtres « se métamorphosent » l’un dans l’autre,
en concluant, on l’a vu, à la conjecture (proposée par Buffon),
qu’il n’y aurait eu qu’un seul « prototype » de tous les êtres
110 .
Mais dans d’autres écrits de la même époque et, plus tard, dans Le
109 J. Roger, Les sciences de la vie cit., p. 678.
110 Supra, notes 81-84.
INTRODUCTION
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