et organes qui les ont précédé, ainsi des poils, ainsi des testicules, ainsi de la barbe. (infra, p. 135).
Deuxièmement, Diderot élargit l’action de l’épigenèse, à partir du plan de l’ontogenèse, vers celui de la phylogenèse des
espèces animales; c’est-à-dire qu’il dessine le passage de l’action
de la force formatrice de la matière, dans le microcosme des
atomes et des molécules, en partant de l’individu, vers l’action de
la nature organique en général. Ici l’on trouve une vision cosmogonique de la transformation successive des espèces, l’une dans
l’autre, dans le temps indéfini de l’histoire naturelle:
Il ne faut pas croire que les animaux ont toujours été et qu’ils resteront toujours tels que nous les voyons.
C’est l’effet d’un laps éternel de temps, après lequel leur couleur,
leur forme semble garder un état stationnaire; mais cet état n’est
qu’apparent.
L’ordre général de la nature change sans cesse: au milieu de cette
vicissitude la durée de l’espèce peut-elle rester la même? non: il
n’y a que la molécule qui demeure éternelle et inaltérable
Le monstre naît et meurt: l’individu est exterminé en moins de
cent ans. Pourquoi la nature n’exterminerait-elle pas l’espèce
dans une plus longue suite de temps? (infra, p. 137, mes italiques).
Ce sont des aperçus d’un tableau plus riche que les Éléments
esquissent de façon fragmentaire, mais qui vont intégrer et nuancer – sans corriger tout à fait – le jugement de F. Jacob sur la réalisation inachevée d’une véritable doctrine transformiste du
vivant au siècle des Lumières. On ne trouvera pas chez Diderot
une théorie causale des apparitions des espèces sur la terre, ni une
théorie du milieu naturel et de son développement; cependant, les
Éléments – ouvrage posthume et fragmentaire, testament spirituel d’un philosophe biologiste
108 – ont bien devancé leur époque
108 Cf. F. Paitre, Diderot biologiste, Lyon, 1904 (Genève, 1971), pp. 102103: « Aucun auteur, sauf Goethe et Auguste Comte, ne reconnut en Diderot un
précurseur, et, si l’on se plut durant ces dernières années à admettre l’influence
de Bordeu sur Bichat, de Leroy sur Gall, de Rouelle sur Lavoisier, on se refuse
encore à reconnaître que les idées générales de ces divers auteurs se retrouvent
dans Diderot et qu’il y a de lui à eux une transition insensible: c’est ce qu’il nous
a paru intéressant de démontrer ».
70
INTRODUCTION
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 70
Deuxièmement, Diderot élargit l’action de l’épigenèse, à partir du plan de l’ontogenèse, vers celui de la phylogenèse des
espèces animales; c’est-à-dire qu’il dessine le passage de l’action
de la force formatrice de la matière, dans le microcosme des
atomes et des molécules, en partant de l’individu, vers l’action de
la nature organique en général. Ici l’on trouve une vision cosmogonique de la transformation successive des espèces, l’une dans
l’autre, dans le temps indéfini de l’histoire naturelle:
Il ne faut pas croire que les animaux ont toujours été et qu’ils resteront toujours tels que nous les voyons.
C’est l’effet d’un laps éternel de temps, après lequel leur couleur,
leur forme semble garder un état stationnaire; mais cet état n’est
qu’apparent.
L’ordre général de la nature change sans cesse: au milieu de cette
vicissitude la durée de l’espèce peut-elle rester la même? non: il
n’y a que la molécule qui demeure éternelle et inaltérable
Le monstre naît et meurt: l’individu est exterminé en moins de
cent ans. Pourquoi la nature n’exterminerait-elle pas l’espèce
dans une plus longue suite de temps? (infra, p. 137, mes italiques).
Ce sont des aperçus d’un tableau plus riche que les Éléments
esquissent de façon fragmentaire, mais qui vont intégrer et nuancer – sans corriger tout à fait – le jugement de F. Jacob sur la réalisation inachevée d’une véritable doctrine transformiste du
vivant au siècle des Lumières. On ne trouvera pas chez Diderot
une théorie causale des apparitions des espèces sur la terre, ni une
théorie du milieu naturel et de son développement; cependant, les
Éléments – ouvrage posthume et fragmentaire, testament spirituel d’un philosophe biologiste
108 – ont bien devancé leur époque
108 Cf. F. Paitre, Diderot biologiste, Lyon, 1904 (Genève, 1971), pp. 102103: « Aucun auteur, sauf Goethe et Auguste Comte, ne reconnut en Diderot un
précurseur, et, si l’on se plut durant ces dernières années à admettre l’influence
de Bordeu sur Bichat, de Leroy sur Gall, de Rouelle sur Lavoisier, on se refuse
encore à reconnaître que les idées générales de ces divers auteurs se retrouvent
dans Diderot et qu’il y a de lui à eux une transition insensible: c’est ce qu’il nous
a paru intéressant de démontrer ».
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