des simples représentations: (A) de la force et (B) de l’attraction
de deux corps suivant le carré des distances, vers une troisième
représentation (C), celle de la constante gravitationnelle k qui
n’est pas analytiquement contenue dans les deux premières. Le
calcul différentiel ensuite (ce que Newton appelait « méthode des
séries infinies et des fluxions ») va, en effet, permettre une
mesure exacte et contrôlable des mouvements planétaires dans
leurs transformations temporelles (« fluxions ») suivant la
constante k. La loi réalise finalement l’extension de notre
connaissance du monde physique par le caractère prédictif de la
théorie: on peut prévoir, par les seuls calculs astronomiques, la
présence, l’existence et le mouvement d’un corps céleste inconnu
auparavant (par exemple, la découverte d’Uranus, par W. Herschel, à la fin du siècle).
Une question reste en suspens, à propos des naturalistes du
XVIII
e siècle qui s’occupent des sciences de la vie: comment
atteint-on ce genre de synthéticité physique dans un domaine –
les êtres organisées – où la variable-temps, à savoir la diachronie
de la loi, est constitutive? Maupertuis, un naturaliste newtonien,
qui fait autorité pour Diderot, sera le premier qui essaiera d’introduire les notions d’actio in distans et d’autres concepts de la
physique à l’étude des êtres organisés
102 . La nature vivante, à partir de la deuxième moitié du XVIII
e siècle – sur le modèle offert
aussi par Buffon dans sa grande Histoire naturelle générale et
particulière (1749-1781, 15 vol. ; Supplément, 7 vol.) –, est
regardée par les philosophes comme cette usine de forces et
d’énergies en action que le travail du naturaliste ramène (ou doit
pouvoir ramener) au fait (positum) contrôlable: la donnée expérimentale. Le « fait » dont parlent Buffon, Maupertuis et Diderot
lui-même est un « phénomène central »
103 , mesurable et reproduc102 Cf. P. L. de Maupertuis, Dissertatio de universali natuæ systemate,
Erlangen, 1751, p 12 ss. ; supra, note 33.
103 Cf. Diderot, Interprétation de la nature, dans DPV, IX, p. 73: « De
même qu’en mathématiques, en examinant toutes les propriétés d’une courbe,
on trouve que ce n’est que la même propriété présentée sous des faces différentes, dans la nature, on reconnaîtra, lorsque la physique expérimentale sera
plus avancée, que tous les phénomènes, ou de la pesanteur, ou de l’élasticité, ou
de l’attraction, ou du magnétisme, ou de l’électricité, ne sont que des faces différentes de la même affection. Mais entre les phénomènes connus que l’on rapporte à l’une de ces causes, combien y a-t-il de phénomènes intermédiaires a
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