rations permettent d’en connaître justement la nature, en en définissant les lois de sa transmutabilité.
Pour atteindre ce point de vue, j’essayerai de situer la notion
de matérialisme, employée par rapport à la philosophie biologique de Diderot relativement aux questions concernant les nouvelles sciences de la vie, avec leurs liens avec d’autres problèmes
philosophiques, d’ordre métaphysique et moral
100 . Ceux-ci permettent de mieux cerner la spécificité d’un type de matérialisme
tout particulier, dans le contexte de l’origine de la biologie au
siècle des Lumières.
Le concept de « matérialisme » au XVII
e et XVIII
e siècle, avec
la théorie de la connaissance qui s’y rattache, comprend, peut ou
doit comprendre
101 , suivant les auteurs, les options philosophiques suivantes:
a) Monisme méthodologique
Le « philosophe de la nature » et l’« esprit fort » (ces deux
figures ne coïncident pas toujours) doivent pouvoir expliquer,
suivant un critère unique et avec les mêmes instruments méthodologiques, tous les phénomènes de la réalité, physique et historique, matérielle et immatérielle, formelle et substantielle, visible
et invisible etc. Le sens de ces dernières catégories – « matière »,
« esprit », « forme », « visible » etc. – commence ainsi, lentement,
à changer;
b) Monisme ontologique
C’est ramener les phénomènes propres du domaine heuristique
et explicatif de la res cogitans au domaine de la res extensa, avec
des oscillations remarquables de l’un à l’autre domaine. La terminologie cartésienne ici n’est pas sans importance. Le Deus cartésien des Méditations métaphysiques devient Natura (Spinoza,
immanentisme). Il y a une physis unique: la référence normative à
cette idée de « nature » est celle d’une origine-originante.
100 Cf. mon essai: « La filosofia biologica di Denis Diderot (1754-1782).
Materialismo ed epistemologia », dans V. Fano-G. Tarozzi-M. Stanzione (éds.),
Prospettive della logica e della filosofia della scienza, Catanzaro, 2001, pp. 361375.
101 Cf. O. R. Bloch, « Le matérialisme et la Révolution française », dans
Matières à histoires, Paris, 1997, pp. 321-347.
62
INTRODUCTION
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 62
Précédent

- 63/514

Suivant