former le germe se rendent là nécessairement: rendues, elles forment un pépin; ce pépin n’a qu’un développement nécessaire;
c’est un arbre; ainsi de l’animal, ainsi de l’homme. Chaque ordre
d’êtres a sa mécanique particulière; celle de la pierre n’est pas
celle du fer, celle du fer n’est pas celle du bois; celle du bois n’est
pas celle de la chair; celle de la chair n’est pas celle de l’animal;
celle de l’animal n’est pas celle de l’homme; celle de l’homme
n’est pas celle de ses organes (infra, pp. 134-135).
C’est, on le voit, une solution de compromis. Diderot est
poussé – par obéissance à la règle phénoméniste de s’en tenir aux
faits – à une sorte de récupération ciblée et partielle, du cartésianisme
98 et d’un micro-mécanisme de la complexité calibré sur le
modèle de la théorie de la fibre de Haller et des théorie organicistes des médecins de Montpellier, Th. de Bordeu en premier.
Quelle est la portée de la leçon de la tradition médicale et physiologiste sur l’anthropologie du philosophe? Autrement dit:
quelles sont les premières conséquences de la tentative de Diderot de fonder la morale et la politique sur la médecine (philosophique) et non plus sur la métaphysique? Avant tout, il y a
l’investissement réciproque de la nature et de l’histoire qui
conduit Diderot à une ébauche théorique transparente de la thèse
transformiste du vivant (infra, § 3). On ne peut et l’on ne doit pas
parler d’« anticipations » ni de « précurseurs » des théories évolutionnistes ou proto-évolutionnistes de quelques années postérieures. Les réflexions de Diderot sont enracinée dans la tradition
médicale du XVIII
e siècle et de l’Encyclopédie, dont on a retracé
jusqu’ici l’histoire. Cependant, il y a, dans les Éléments, des
traces utiles pour reconstruire – même à travers ses apories – le
chemin historique qui mène aux grands synthèses biologiques de
la fin du siècle (Lamarck, Bichat, Magendie etc). La nature, dans
les Éléments de physiologie, est conçue comme une immense
forge d’énergie productive, une force aveugle, mécanico-vitale
capable de produire et de détruire toutes les formes, dans un
contexte temporel étendu sur des millions d’années (Buffon
docet). Au chapitre «Volonté » (Partie III, chap. VI), la foi déterministe de Diderot en la dépendance de l’homme à l’égard de
cette nature, sa persuasion que le manque de « liberté » en tant
que spontanéité du vouloir, chez l’homme, est constitutif de son
98 Supra, note 52.
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INTRODUCTION
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c’est un arbre; ainsi de l’animal, ainsi de l’homme. Chaque ordre
d’êtres a sa mécanique particulière; celle de la pierre n’est pas
celle du fer, celle du fer n’est pas celle du bois; celle du bois n’est
pas celle de la chair; celle de la chair n’est pas celle de l’animal;
celle de l’animal n’est pas celle de l’homme; celle de l’homme
n’est pas celle de ses organes (infra, pp. 134-135).
C’est, on le voit, une solution de compromis. Diderot est
poussé – par obéissance à la règle phénoméniste de s’en tenir aux
faits – à une sorte de récupération ciblée et partielle, du cartésianisme
98 et d’un micro-mécanisme de la complexité calibré sur le
modèle de la théorie de la fibre de Haller et des théorie organicistes des médecins de Montpellier, Th. de Bordeu en premier.
Quelle est la portée de la leçon de la tradition médicale et physiologiste sur l’anthropologie du philosophe? Autrement dit:
quelles sont les premières conséquences de la tentative de Diderot de fonder la morale et la politique sur la médecine (philosophique) et non plus sur la métaphysique? Avant tout, il y a
l’investissement réciproque de la nature et de l’histoire qui
conduit Diderot à une ébauche théorique transparente de la thèse
transformiste du vivant (infra, § 3). On ne peut et l’on ne doit pas
parler d’« anticipations » ni de « précurseurs » des théories évolutionnistes ou proto-évolutionnistes de quelques années postérieures. Les réflexions de Diderot sont enracinée dans la tradition
médicale du XVIII
e siècle et de l’Encyclopédie, dont on a retracé
jusqu’ici l’histoire. Cependant, il y a, dans les Éléments, des
traces utiles pour reconstruire – même à travers ses apories – le
chemin historique qui mène aux grands synthèses biologiques de
la fin du siècle (Lamarck, Bichat, Magendie etc). La nature, dans
les Éléments de physiologie, est conçue comme une immense
forge d’énergie productive, une force aveugle, mécanico-vitale
capable de produire et de détruire toutes les formes, dans un
contexte temporel étendu sur des millions d’années (Buffon
docet). Au chapitre «Volonté » (Partie III, chap. VI), la foi déterministe de Diderot en la dépendance de l’homme à l’égard de
cette nature, sa persuasion que le manque de « liberté » en tant
que spontanéité du vouloir, chez l’homme, est constitutif de son
98 Supra, note 52.
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