dont l’expansion successive forme un nouvel être semblable au
premier (infra, p. 253)
97 .
La dernière thèse ou « système de génération », le cinquième,
est formulé par le même Diderot; c’est sa thèse à lui. Elle fait
appel au principe de l’épigenèse comme à un fait expérimental,
observable. Cependant, l’argumentation se termine sur des
doutes et des interrogations, non sur des véritables explications:
Cinquième système. Parties de la semence sont chacune polypeuse. Matrice nécessaire. On a dit tant de folies sur l’acte de la
génération, que je puis bien dire aussi la mienne. Je ne saurais
me résoudre à faire agir la semence de l’homme ou sa vapeur à
une distance aussi éloignée que les ovaires de la femme le sont
du vagin. Quoiqu’on ait quelques exemples de fœtus engagés
dans les trompes de Fallope, je ne puis faire descendre ni un
œufs, ni un ver par l’un de ces deux canaux: descendu dans la
matrice je ne connais aucun moyen de l’y fixer par un pédicule et
moins encore de l’y fixer à la place qu’il occupe. Il semble qu’il
ne devrait s’arrêter, dans sa chute, qu’au point le plus bas (infra,
p. 248).
Diderot veut témoigner, ici, du doute sceptique et du caractère
intimement aporétique de la question de la génération dans l’état
actuel des connaissances (1774-1782). Plus tard, en se tenant aux
seuls faits connus, il arrive à reformuler le principe épigénique
sur un ton non métaphysique mais phénoméniste. Diderot reconnaît, en somme, que la formation du vivant par apposition successive de parties hétérogènes est le processus génératif le plus
vraisemblable du point de vue rationnel. L’épigenèse explique
ces dynamiques de développement de l’embryon à partir de
semences ou de « germes préexistants » qui ne doivent pas nécessairement ressembler à l’animal entier. Des telles dynamiques ne
se fondent que sur les propriétés du mouvement, de la chaleur et
des forces agrégatives des molécules organiques. Comme l’écrit
Diderot:
Il n’est pas nécessaire que ce qu’on appelle le germe ressemble à
l’animal. C’est un point de conformation donné dont le développement produit un tel animal. Les molécules éparses, qui doivent
97 Cf. les thèses du Rêve de D’Alembert contre la préexistence des germes,
au gré de l’épigenèse déterministe: infra, p. 253, note 92.
INTRODUCTION
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