et très lente. Attendons et ne nous pressons pas de juger (infra,
pp. 108-109 : Des êtres).
Bien entendu: il faut « classer » de manière nouvelle, par rapport à la synthèse linnéenne envers laquelle, comme on a vu,
Diderot s’était montré ironique et hostile
93
. Reclasser les êtres,
donc, en partant de la constatation d’un fait nouveau qui marque
la caractéristique primaire du vivant, déjà reconnue à l’article
« Animal »: la transformabilité. Cette constatation représente
plus une ligne d’arrivée qu’une thèse de départ. C’est un résultat
conséquent au redressement nécessaire de la perspective épigéniste, suite aux travaux de Spallanzani.
Bref : la philosophie matérialiste de la vie de Diderot, après
1765-1769 renie (ou atténue beaucoup) sa confiance dans la thèse
métaphysique de la force expansive de la matière. Les générations spontanées jouent un rôle de plus en plus marginal dans le
cadre théorique des Éléments. Diderot demeure convaincu – et le
tient pour un postulat incontournable – de l’existence d’un atome
vivant, la molécule organique de Buffon, définie comme « toujours vivante », « éternelle », « inaltérable ». Enfin, il rediscute,
d’un regard nouveau, mais toujours dans la perspective épigéniste, le problème de la génération à travers la lecture fréquente
et intense de plusieurs auteurs, dont on trouve témoignage dans le
dernier manuscrit V
94
. Diderot ajoute aux trois thèses traditionnelles (« systèmes ») sur la génération – oviste, animalculiste et
ovo-vermiste – deux thèses ultérieures, nouvelles: « moléculaire » et « embryonnaire »
95
. Dans cet effort de construction théorique – qui demeure néanmoins spéculatif – Diderot s’appuie
uniquement sur trois facteurs (ou propriétés physiques): matière,
mouvement et sensibilité, à tous les niveaux de complexité du
vivant.
93 Cf. Interprétation cit., DPV, IX, pp. 75-76: « Au lieu de réformer ses
notions sur les êtres, il semble qu’on prenne à tâche de modeler les êtres sur ses
notions. Entre tous les philosophes, il n’y en a point en qui cette fureur domine
plus évidemment que dans les méthodistes. Aussitôt qu’un méthodiste a mis
dans son système l’homme à la tête des quadrupèdes, il ne l’aperçoit plus dans
la nature que comme un animal à quatre pieds »; supra, notes 83-84.
94 Ms. n. a. fr. 24932, f. 138-139; Cf. Éléments de physiologie, éd. J. Mayer,
Paris, 1964, pp. 342-343; infra, Partie II, chap. XXIV: « Génération ».
95 Infra, Partie II, chap. XXIV, pp. 242-253.
INTRODUCTION
55
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 55
pp. 108-109 : Des êtres).
Bien entendu: il faut « classer » de manière nouvelle, par rapport à la synthèse linnéenne envers laquelle, comme on a vu,
Diderot s’était montré ironique et hostile
93
. Reclasser les êtres,
donc, en partant de la constatation d’un fait nouveau qui marque
la caractéristique primaire du vivant, déjà reconnue à l’article
« Animal »: la transformabilité. Cette constatation représente
plus une ligne d’arrivée qu’une thèse de départ. C’est un résultat
conséquent au redressement nécessaire de la perspective épigéniste, suite aux travaux de Spallanzani.
Bref : la philosophie matérialiste de la vie de Diderot, après
1765-1769 renie (ou atténue beaucoup) sa confiance dans la thèse
métaphysique de la force expansive de la matière. Les générations spontanées jouent un rôle de plus en plus marginal dans le
cadre théorique des Éléments. Diderot demeure convaincu – et le
tient pour un postulat incontournable – de l’existence d’un atome
vivant, la molécule organique de Buffon, définie comme « toujours vivante », « éternelle », « inaltérable ». Enfin, il rediscute,
d’un regard nouveau, mais toujours dans la perspective épigéniste, le problème de la génération à travers la lecture fréquente
et intense de plusieurs auteurs, dont on trouve témoignage dans le
dernier manuscrit V
94
. Diderot ajoute aux trois thèses traditionnelles (« systèmes ») sur la génération – oviste, animalculiste et
ovo-vermiste – deux thèses ultérieures, nouvelles: « moléculaire » et « embryonnaire »
95
. Dans cet effort de construction théorique – qui demeure néanmoins spéculatif – Diderot s’appuie
uniquement sur trois facteurs (ou propriétés physiques): matière,
mouvement et sensibilité, à tous les niveaux de complexité du
vivant.
93 Cf. Interprétation cit., DPV, IX, pp. 75-76: « Au lieu de réformer ses
notions sur les êtres, il semble qu’on prenne à tâche de modeler les êtres sur ses
notions. Entre tous les philosophes, il n’y en a point en qui cette fureur domine
plus évidemment que dans les méthodistes. Aussitôt qu’un méthodiste a mis
dans son système l’homme à la tête des quadrupèdes, il ne l’aperçoit plus dans
la nature que comme un animal à quatre pieds »; supra, notes 83-84.
94 Ms. n. a. fr. 24932, f. 138-139; Cf. Éléments de physiologie, éd. J. Mayer,
Paris, 1964, pp. 342-343; infra, Partie II, chap. XXIV: « Génération ».
95 Infra, Partie II, chap. XXIV, pp. 242-253.
INTRODUCTION
55
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 55
