qu’ils sont des animaux qui ne sentent pas. Qu’est-ce donc que
l’animal?… (Ibidem).
Finalement, on peut résumer le passage d’une conception
fixiste et statique du monde naturel à une conception dynamique,
qu’on pourrait définir comme proto-transformiste, qui s’affermit
dans les Éléments (infra, § 3), par les étapes suivantes:
1/ La mise en cause de la métaphore spatiale-continuiste de la
« chaîne des êtres »;
2/ La reconnaissance de l’impossibilité d’une définition exacte
de l’animal à partir de cette métaphore; d’où l’emploi de la
notion de sensibilité organique, tirée des médecins de Montpellier;
3/ L’affirmation du caractère temporel, adaptatif, de cette propriété physique de la matière organique;
4/ Conclusion: les êtres peuvent avec le temps, dans le temps des
« époques de la nature », acquérir (ou perdre) la sensibilité. Par
conséquent les êtres peuvent changer leur propre nature, se
transformer avec le temps, par exemple, de végétaux en animaux. L’exemple que Diderot avait à l’esprit est le célèbre
polype ou hydre d’eau douce d’A. Trembley
82
. Chose importante, les êtres peuvent se transformer d’animal en animal
d’une autre forme ou – ce que Buffon excluait, du moins en
apparence – changer d’espèce, sur la base de la considération
nominaliste (et matérialiste) que les classes des animaux ne
sont autre chose qu’un artifice méthodique du naturaliste, une
82 A. Trembley, Mémoires pour servir à l’histoire d’un genre de polype
d’eau douce, à bras en forme de cornes, Paris, 1744; article Animal cit.,
p. 469a: « Par exemple, lorsque M. Trembley, cet auteur célèbre de la découverte des animaux qui se multiplient par chacune de leurs parties détachées,
coupées, ou séparées, observa pour la première fois le polype de la lentille
d’eau, combien employa-t-il de tems pour reconnaître si ce polype était un animal ou une plante! et combien n’eut-il pas sur cela de doutes et d’incertitudes?
C’est qu’en effet le polype de la lentille n’est peut-être ni l’un ni l’autre; et que
tout ce qu’on en peut dire, c’est qu’il approche un peu plus de l’animal que du
végétal; et comme on veut absolument que tout être vivant soit un animal ou une
plante, on croirait n’avoir pas bien connu un être organisé, si on ne le rapportait
pas à l’un ou l’autre de ces noms généraux, tandis qu’il doit y avoir, et qu’il y a
en effet, une grande quantité d’êtres organisés qui ne sont ni l’un ni l’autre ».
50
INTRODUCTION
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l’animal?… (Ibidem).
Finalement, on peut résumer le passage d’une conception
fixiste et statique du monde naturel à une conception dynamique,
qu’on pourrait définir comme proto-transformiste, qui s’affermit
dans les Éléments (infra, § 3), par les étapes suivantes:
1/ La mise en cause de la métaphore spatiale-continuiste de la
« chaîne des êtres »;
2/ La reconnaissance de l’impossibilité d’une définition exacte
de l’animal à partir de cette métaphore; d’où l’emploi de la
notion de sensibilité organique, tirée des médecins de Montpellier;
3/ L’affirmation du caractère temporel, adaptatif, de cette propriété physique de la matière organique;
4/ Conclusion: les êtres peuvent avec le temps, dans le temps des
« époques de la nature », acquérir (ou perdre) la sensibilité. Par
conséquent les êtres peuvent changer leur propre nature, se
transformer avec le temps, par exemple, de végétaux en animaux. L’exemple que Diderot avait à l’esprit est le célèbre
polype ou hydre d’eau douce d’A. Trembley
82
. Chose importante, les êtres peuvent se transformer d’animal en animal
d’une autre forme ou – ce que Buffon excluait, du moins en
apparence – changer d’espèce, sur la base de la considération
nominaliste (et matérialiste) que les classes des animaux ne
sont autre chose qu’un artifice méthodique du naturaliste, une
82 A. Trembley, Mémoires pour servir à l’histoire d’un genre de polype
d’eau douce, à bras en forme de cornes, Paris, 1744; article Animal cit.,
p. 469a: « Par exemple, lorsque M. Trembley, cet auteur célèbre de la découverte des animaux qui se multiplient par chacune de leurs parties détachées,
coupées, ou séparées, observa pour la première fois le polype de la lentille
d’eau, combien employa-t-il de tems pour reconnaître si ce polype était un animal ou une plante! et combien n’eut-il pas sur cela de doutes et d’incertitudes?
C’est qu’en effet le polype de la lentille n’est peut-être ni l’un ni l’autre; et que
tout ce qu’on en peut dire, c’est qu’il approche un peu plus de l’animal que du
végétal; et comme on veut absolument que tout être vivant soit un animal ou une
plante, on croirait n’avoir pas bien connu un être organisé, si on ne le rapportait
pas à l’un ou l’autre de ces noms généraux, tandis qu’il doit y avoir, et qu’il y a
en effet, une grande quantité d’êtres organisés qui ne sont ni l’un ni l’autre ».
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INTRODUCTION
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