ou moins étendus, ont du sens, ou sont vides de sens, selon qu’on
fait plus ou moins de progrès dans l’étude de la nature (Enc., I,
p. 468b).
Diderot conclut (en interprétant Buffon) qu’il devrait y avoir
une propriété intrinsèque de la matière, la sensibilité généralisée
qui caractérise le niveau de l’animalité et qui le définit avec le
« sentiment » dont il est doué, par rapport au végétal et au minéral
qui n’en sont pas doués. Cette propriété physique seule permet
d’atteindre une définition ou collocation taxonomique plus ou
moins exacte, qui nous indique qu’est-ce que l’animal. Ce n’est
donc pas l’inverse: la définition taxonomique plus ou moins
exacte ne saurait fixer l’essence des individus. Sur ce point, Diderot avance l’objection la plus importante. Le sentiment, la sensibilité animale, peuvent s’acquérir et/ou se perdre avec le temps,
dans le temps. C’est une remarque significative, reprise dans la
première partie des Éléments (« Des êtres », infra, pp. 108-109).
L’Encyclopédie:
Qu’est-ce que l’animal? C’est, dit M. de Buffon, Hist. nat. gen. et
part. la matière vivante et organisée qui sent, agit, se meut, se
nourrit et se reproduit. Conséquemment, le végétal est la
matière vivante et organisée, qui se nourrit et se reproduit; mais
qui ne sent, n’agit, ni ne se meut. Et le minéral, la matière morte
et brute qui ne sent, n’agit, ni se meut, ne se nourrit, ni ne se
reproduit. D’où il s’ensuit encore que le sentiment est le principal degré différentiel de l’animal. Mais est-il bien constant qu’il
n’y a point d’animaux, sans ce que nous appelons le sentiment;
ou plutôt, si nous en croyons les Cartésiens, y a-t-il d’autres animaux que nous qui aient du sentiment. Les bêtes, disent-ils, en
donnent les signes, mais l’homme seul a la chose. D’ailleurs,
l’homme lui-même ne perd-t-il pas quelquefois le sentiment,
sans cesser de vivre ou d’être un animal? Alors le pouls bat, la
circulation du sang s’exécute, toutes les fonctions animales se
font; mais l’homme ne sent ni lui-même, ni les autres êtres:
qu’est-ce alors que l’homme? Si dans cet état, il est toujours un
animal; qui nous a dit qu’il n’y en a pas de cette espèce sur le
passage du végétal le plus parfait, à l’animal le plus stupide?
Qui nous a dit que ce passage n’était pas rempli d’êtres plus ou
moins léthargiques, plus ou moins profondément assoupis; en
sorte que la seule différence qu’il y aurait entre cette classe et la
classe des autres animaux, tels que nous, est qu’ils dorment et
que nous veillons; que nous sommes des animaux qui sentent et
INTRODUCTION
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fait plus ou moins de progrès dans l’étude de la nature (Enc., I,
p. 468b).
Diderot conclut (en interprétant Buffon) qu’il devrait y avoir
une propriété intrinsèque de la matière, la sensibilité généralisée
qui caractérise le niveau de l’animalité et qui le définit avec le
« sentiment » dont il est doué, par rapport au végétal et au minéral
qui n’en sont pas doués. Cette propriété physique seule permet
d’atteindre une définition ou collocation taxonomique plus ou
moins exacte, qui nous indique qu’est-ce que l’animal. Ce n’est
donc pas l’inverse: la définition taxonomique plus ou moins
exacte ne saurait fixer l’essence des individus. Sur ce point, Diderot avance l’objection la plus importante. Le sentiment, la sensibilité animale, peuvent s’acquérir et/ou se perdre avec le temps,
dans le temps. C’est une remarque significative, reprise dans la
première partie des Éléments (« Des êtres », infra, pp. 108-109).
L’Encyclopédie:
Qu’est-ce que l’animal? C’est, dit M. de Buffon, Hist. nat. gen. et
part. la matière vivante et organisée qui sent, agit, se meut, se
nourrit et se reproduit. Conséquemment, le végétal est la
matière vivante et organisée, qui se nourrit et se reproduit; mais
qui ne sent, n’agit, ni ne se meut. Et le minéral, la matière morte
et brute qui ne sent, n’agit, ni se meut, ne se nourrit, ni ne se
reproduit. D’où il s’ensuit encore que le sentiment est le principal degré différentiel de l’animal. Mais est-il bien constant qu’il
n’y a point d’animaux, sans ce que nous appelons le sentiment;
ou plutôt, si nous en croyons les Cartésiens, y a-t-il d’autres animaux que nous qui aient du sentiment. Les bêtes, disent-ils, en
donnent les signes, mais l’homme seul a la chose. D’ailleurs,
l’homme lui-même ne perd-t-il pas quelquefois le sentiment,
sans cesser de vivre ou d’être un animal? Alors le pouls bat, la
circulation du sang s’exécute, toutes les fonctions animales se
font; mais l’homme ne sent ni lui-même, ni les autres êtres:
qu’est-ce alors que l’homme? Si dans cet état, il est toujours un
animal; qui nous a dit qu’il n’y en a pas de cette espèce sur le
passage du végétal le plus parfait, à l’animal le plus stupide?
Qui nous a dit que ce passage n’était pas rempli d’êtres plus ou
moins léthargiques, plus ou moins profondément assoupis; en
sorte que la seule différence qu’il y aurait entre cette classe et la
classe des autres animaux, tels que nous, est qu’ils dorment et
que nous veillons; que nous sommes des animaux qui sentent et
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