l’être le plus simple jusqu’aux anges et à Dieu. L’exemple le plus
récent de ce vieux paradigme naturel, vivement critiqué par Diderot dans l’Interprétation de la nature, est celui de Linné, « le
méthodiste », dans son Systema Naturæ (1735)
80
. Or, la vétuste
image de la Scala naturæ mise à jour par Linné est affinée par
d’autres auteurs – parmi lesquels il faut mentionner Ch. Bonnet,
l’une des sources des Éléments
81 –, mais elle ne permet pas de
découper les domaines des règnes naturels de manière adéquate
pour une exacte connaissance de l’histoire de la nature. En effet,
Diderot cite et commente Buffon à l’article « Animal », pour
atteindre un premier résultat important dans l’avenir: la réfutation de l’essentialisme des taxonomistes, ceux que Buffon nommait « les méthodistes », à travers une profession de foi
nominaliste et matérialiste. Ce que nous définissons comme des
« règnes » naturels et les êtres mêmes, issus des différents classements, affirme-t-il, ne sont que des noms, des conventions arbitraires ou des « méthodes artificielles ». A la rigueur, on aurait
besoin d’autant de dénominations qu’il est d’êtres. Le conventionnalisme et, en dernière instance, le transitoire des taxonomies
sont énoncés au pied de la lettre par Diderot. Chez Buffon, cette
énonciation n’est pas aussi explicite. Suivant la métaphore de la
chaîne des êtres:
Une définition de l’animal sera trop générale, ou ne sera pas
assez étendue, embrassera des êtres qu’il faudrait peut-être
exclure et en exclura d’autres qu’elle devrait embrasser. Plus on
examine la nature, plus on se convainc que pour s’exprimer
exactement, il faudrait presque autant de dénominations différentes qu’il y a d’individus, et que c’est le besoin seul qui a
inventé les noms généraux; puisque ces noms généraux sont plus
se détacher ou de se séparer, en allant contre sa nature, mais elle l’adresse autant
qu’elle peut et le destine, chacun dans son intégrité, à une harmonie réciproque.
720 – D’après les stoïciens ces modèles (energhèmata) de vie se sélectionnent
vers des formes de plus en plus imparfaites; ainsi, en procédant vers l’absence
de raison, plus on manque des facultés nobles, d’autant plus on tombe dans l’imperfection » [ma traduction]; infra, p. 153, note 82.
80 Cf. DPV, IX, pp. 75-76, pensée XLVIII.
81 Cfr. Ch. Bonnet, Traité d’insectologie ou Observations sur les pucerons,
Paris, 1745; Contemplation de la nature, Amsterdam, 1764, où l’on trouve
l’image illustrée de la grande échelle, la scala naturæ avec l’homme au sommet
de tous les êtres; et les Considérations sur les corps organisés, où l’on traite de
leur origine, de leur développement, de leur reproduction cit., p. 35.
48
INTRODUCTION
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 48
récent de ce vieux paradigme naturel, vivement critiqué par Diderot dans l’Interprétation de la nature, est celui de Linné, « le
méthodiste », dans son Systema Naturæ (1735)
80
. Or, la vétuste
image de la Scala naturæ mise à jour par Linné est affinée par
d’autres auteurs – parmi lesquels il faut mentionner Ch. Bonnet,
l’une des sources des Éléments
81 –, mais elle ne permet pas de
découper les domaines des règnes naturels de manière adéquate
pour une exacte connaissance de l’histoire de la nature. En effet,
Diderot cite et commente Buffon à l’article « Animal », pour
atteindre un premier résultat important dans l’avenir: la réfutation de l’essentialisme des taxonomistes, ceux que Buffon nommait « les méthodistes », à travers une profession de foi
nominaliste et matérialiste. Ce que nous définissons comme des
« règnes » naturels et les êtres mêmes, issus des différents classements, affirme-t-il, ne sont que des noms, des conventions arbitraires ou des « méthodes artificielles ». A la rigueur, on aurait
besoin d’autant de dénominations qu’il est d’êtres. Le conventionnalisme et, en dernière instance, le transitoire des taxonomies
sont énoncés au pied de la lettre par Diderot. Chez Buffon, cette
énonciation n’est pas aussi explicite. Suivant la métaphore de la
chaîne des êtres:
Une définition de l’animal sera trop générale, ou ne sera pas
assez étendue, embrassera des êtres qu’il faudrait peut-être
exclure et en exclura d’autres qu’elle devrait embrasser. Plus on
examine la nature, plus on se convainc que pour s’exprimer
exactement, il faudrait presque autant de dénominations différentes qu’il y a d’individus, et que c’est le besoin seul qui a
inventé les noms généraux; puisque ces noms généraux sont plus
se détacher ou de se séparer, en allant contre sa nature, mais elle l’adresse autant
qu’elle peut et le destine, chacun dans son intégrité, à une harmonie réciproque.
720 – D’après les stoïciens ces modèles (energhèmata) de vie se sélectionnent
vers des formes de plus en plus imparfaites; ainsi, en procédant vers l’absence
de raison, plus on manque des facultés nobles, d’autant plus on tombe dans l’imperfection » [ma traduction]; infra, p. 153, note 82.
80 Cf. DPV, IX, pp. 75-76, pensée XLVIII.
81 Cfr. Ch. Bonnet, Traité d’insectologie ou Observations sur les pucerons,
Paris, 1745; Contemplation de la nature, Amsterdam, 1764, où l’on trouve
l’image illustrée de la grande échelle, la scala naturæ avec l’homme au sommet
de tous les êtres; et les Considérations sur les corps organisés, où l’on traite de
leur origine, de leur développement, de leur reproduction cit., p. 35.
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