l’animal. L’homme est constructeur d’arts – d’outils, instruments
et machines: les artifices en général –, les animaux n’ont pas
cette caractéristique spécifique, propre de l’homme en tant
qu’animal politique. Diderot le rappelle à l’article « Art », en invitant les naturalistes « à couronner leur travail sur les règnes des
végétaux, des minéraux, des animaux, etc. par les expériences
des Arts mécaniques, dont la connaissance importe beaucoup
plus à la vraie Philosophie » (Enc., I, p. 715a). Il établit ainsi une
histoire des arts mécaniques – nécessaire et qui reste à faire –,
parallèle à l’histoire de la nature
76
.
C’est un thème que l’on retrouve dans les Éléments, dans la
Partie III sur le cerveau. Les fondements naturels de l’éthique
sont étayés dans l’Encyclopédie, articles « Souverains » et « Puissance » qui s’inspirent, de façon critique, de Th. Hobbes. Le fondement de la souveraineté, selon Diderot, est la représentativité
du corps politique; le modèle est celui des fonctions organiques
du vivant
77
. C’est une interprétation renouvelée – et presque renversée – de l’ancienne métaphore organiciste. Toute partie du
corps a une fonction propre à l’intérieur de l’organisme et ne peut
accepter – sous peine de maladie ou de déséquilibre – d’être
« commandée » ou « organisée » par une puissance externe sans
que celle-ci en soit à la fois un moyen et une fin, une partie et un
produit lié à l’harmonie générale du corps.
À l’article « Animal » – que Diderot rédige pendant l’emprisonnement à Vincennes en 1749 à cause de la Lettre sur les
aveugles – il prouve sa lecture du premier volume de l’Histoire
naturelle générale et particulière qui venait de paraître. Le philosophe se confronte de façon nouvelle, après les déistes Pensées
philosophiques (1746), au thème de la « chaîne des êtres » et au
problème de leur rapport aux « époques de la nature ». Diderot y
met en cause la légitimité épistémologique de l’utilisation de la
76 Cf. O. Bloch (éd.), Philosophies de la nature, Actes du colloque de Paris
I, Paris, 2000, Présentation, pp. 13-16.
77 Cf. Enc. XIII, p. 557b: « Ainsi que les hommes robustes, les nations sont
souvent tentées d’abuser de leurs forces. Ceux qui les gouvernent font consister
leur puissance à étendre leurs conquêtes; à faire la loi à leurs voisins; à entrer
dans toutes les querelles qui agitent les autres peuples; à entreprendre des
guerres longues et sanglantes, auxquelles des passions injustes ou frivoles ont
souvent plus de part que les intérêts de l’état; ainsi, pour faire une vaine parade
de puissance, on épuise des forces réelles qui devraient être réservées pour le
soutien de la nation. Voyez PAIX».
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INTRODUCTION
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 46
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