ses sources les sous-entendus matérialistes du discours sur les
« époques de la nature » cachés par une forme d’autocensure que
J. Roger a mis au clair dans sa biographie sur Buffon en ce qui
concerne les thèses sur l’homo duplex, le rôle (marginal) du cerveau et le prétendu « dogme » de l’unité des espèces. Buffon
s’autocensurait
73
. Diderot l’aide à parler plus clairement
74
. Le
même propos se manifeste aussitôt à l’égard de Maupertuis.
Diderot y décèle la conviction, idée centrale dans les Éléments,
de l’épigenèse comme dynamique qui guide la naissance du
vivant et qu’il infléchit bientôt dans un sens matérialiste. Diderot
formule l’hypothèse que le même devenir universel des êtres est
lié aux forces intrinsèques de la matière, en particulier organique.
Elle se différencie de l’inerte en vertu de caractéristiques
typiques, physio-chimiques, d’activité fonctionnelle, d’agencement intégré, les corps organisés se formant par juxtaposition
(épi-genèse) et coordination mécaniques d’éléments de matière
sensible – les molécules organiques de Buffon – dans le temps
des époques de la nature.
Diderot combine de façon éclectique Buffon et Maupertuis et,
dans les Éléments (comme auparavant), parvient à la conclusion
que l’homme, tel un être physique parmi les autres, participe du
devenir universel de la nature, notamment en ce qui concerne les
formes – « naturelles », en ce sens – de la politique
75
. La différence humaine, à l’intérieur de l’univers naturel, n’est pas une
question de substance, c.-à-d. qu’elle ne met pas en cause le problème métaphysique du développement des formes à partir d’un
« noyau » ontologique comme une « cause première » transcendante; mais c’est plutôt le problème historique des fonctions que
revêtent les caractéristiques typiques de l’humanité, à côté de
celles de l’animalité (article « Droit Naturel »), dans le temps de
la nature elle-même. La différence humaine, en somme, est question de praxis ou de pratiques. Le comportement, la praxis-pratique humaine à l’égard de la nature sont différents de ceux de
73 Cf. J. Roger, Buffon. Un philosophe au jardin du roi, Paris, 1989, pp.
248-269.
74 Cf. R. Mortier-R. Trousson (éds.), Dictionnaire de Diderot cit., pp. 9194: « Buffon ».
75 Cf. les articles de l’Encyclopédie: «Autorité politique », « Droit naturel »
et « Représentants » de d’Holbach, avec qui Diderot partageait ses convictions
antidéspotiques et anticléricales; infra, pp. 153-154.
INTRODUCTION
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« époques de la nature » cachés par une forme d’autocensure que
J. Roger a mis au clair dans sa biographie sur Buffon en ce qui
concerne les thèses sur l’homo duplex, le rôle (marginal) du cerveau et le prétendu « dogme » de l’unité des espèces. Buffon
s’autocensurait
73
. Diderot l’aide à parler plus clairement
74
. Le
même propos se manifeste aussitôt à l’égard de Maupertuis.
Diderot y décèle la conviction, idée centrale dans les Éléments,
de l’épigenèse comme dynamique qui guide la naissance du
vivant et qu’il infléchit bientôt dans un sens matérialiste. Diderot
formule l’hypothèse que le même devenir universel des êtres est
lié aux forces intrinsèques de la matière, en particulier organique.
Elle se différencie de l’inerte en vertu de caractéristiques
typiques, physio-chimiques, d’activité fonctionnelle, d’agencement intégré, les corps organisés se formant par juxtaposition
(épi-genèse) et coordination mécaniques d’éléments de matière
sensible – les molécules organiques de Buffon – dans le temps
des époques de la nature.
Diderot combine de façon éclectique Buffon et Maupertuis et,
dans les Éléments (comme auparavant), parvient à la conclusion
que l’homme, tel un être physique parmi les autres, participe du
devenir universel de la nature, notamment en ce qui concerne les
formes – « naturelles », en ce sens – de la politique
75
. La différence humaine, à l’intérieur de l’univers naturel, n’est pas une
question de substance, c.-à-d. qu’elle ne met pas en cause le problème métaphysique du développement des formes à partir d’un
« noyau » ontologique comme une « cause première » transcendante; mais c’est plutôt le problème historique des fonctions que
revêtent les caractéristiques typiques de l’humanité, à côté de
celles de l’animalité (article « Droit Naturel »), dans le temps de
la nature elle-même. La différence humaine, en somme, est question de praxis ou de pratiques. Le comportement, la praxis-pratique humaine à l’égard de la nature sont différents de ceux de
73 Cf. J. Roger, Buffon. Un philosophe au jardin du roi, Paris, 1989, pp.
248-269.
74 Cf. R. Mortier-R. Trousson (éds.), Dictionnaire de Diderot cit., pp. 9194: « Buffon ».
75 Cf. les articles de l’Encyclopédie: «Autorité politique », « Droit naturel »
et « Représentants » de d’Holbach, avec qui Diderot partageait ses convictions
antidéspotiques et anticléricales; infra, pp. 153-154.
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