micro-mécaniste, puisque les dynamiques complexes du vivant,
reconnu dans toute sa spécificité et son autonomie, continuent à
se fonder sur le lien étroit entre la structure anatomique des
organes (cause) et les fonctions physiologiques (effet)
71
.
2.2. La temporalisation de la «chaîne des êtres»
2.2. et le problème de la génération
Les Éléments de physiologie sont ainsi un ouvrage de
réflexion philosophique sur les travaux des naturalistes contemporains et de la tradition iatromécanique. L’œuvre s’inscrit à
plein titre dans le processus de redéfinition du concept de nature
au XVIII
e siècle, de laïcisation et d’immanentisation, en particulier de cette nature vivante conçue comme un objet unitaire en
devenir qu’on distingue ontologiquement du « mort » et de l’inorganique (infra, § 3). C’est ensuite un ouvrage d’épistémologie
des sciences de la vie, nouvelles nées ou naissantes, qui réalise ce
que A. O. Lovejoy définit comme la temporalisation de la
« chaîne de l’être » stoïcienne et néoplatonicienne
72
. Et sous cet
aspect, les Éléments offrent des motifs d’intérêt particulier à
l’historien de la pensée scientifique des Lumières.
Diderot élabore son idée de nature, notamment l’idée de la
nature humaine et une image de la science qui lui est propre, on
l’a vu, dans l’usine conceptuelle des deux naturalistes majeurs de
son siècle: Buffon et Maupertuis. Il vise cependant à dégager de
dans son essence. – L’Unité du Principe Vital est établie par divers faits. Les
notions abstraites et les expressions générales des causes qu’on établit dans une
science de faits, ne peuvent être utiles que comme servant à classer les faits, et à
en combiner des analogies lumineuses. C’est ainsi que doit être regardé le Principe Vital. – Différence de la doctrine contenue dans cet Ouvrage d’avec celle
des Médecins qu’on a appelés Vitalistes ». Diderot suit cette dernière démarche.
71 Cf. le jugement précis de J. Roger, Les sciences de la vie cit., p. 672:
« Diderot n’a pas renoncé à une philosophie qu’il professait depuis trente ans.
Mais il paraît bien avoir renoncé à certaines tentations du vitalisme, pour en
revenir au mécanisme, qu’il n’avait jamais tout à fait abandonné, pour en revenir, surtout, à plus de rigueur rationnelle dans sa conception du monde, à plus de
sévérité dans l’utilisation des arguments scientifiques, à plus de prudence dans
la méthode. Il n’était plus temps de rêver: il fallait d’abord savoir ».
72 Cf. A. O. Lovejoy, The Great Chain of Being, a Study of the History of an
Idea, Cambridge-Massachusset, 1942, les apports, du stoïcisme, du néoplatonisme et de Leibniz concourent au même résultat, mais réinterprétés avec des
lunettes matérialistes, sous la perspective des nouvelles sciences de la vie.
44
INTRODUCTION
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 44
reconnu dans toute sa spécificité et son autonomie, continuent à
se fonder sur le lien étroit entre la structure anatomique des
organes (cause) et les fonctions physiologiques (effet)
71
.
2.2. La temporalisation de la «chaîne des êtres»
2.2. et le problème de la génération
Les Éléments de physiologie sont ainsi un ouvrage de
réflexion philosophique sur les travaux des naturalistes contemporains et de la tradition iatromécanique. L’œuvre s’inscrit à
plein titre dans le processus de redéfinition du concept de nature
au XVIII
e siècle, de laïcisation et d’immanentisation, en particulier de cette nature vivante conçue comme un objet unitaire en
devenir qu’on distingue ontologiquement du « mort » et de l’inorganique (infra, § 3). C’est ensuite un ouvrage d’épistémologie
des sciences de la vie, nouvelles nées ou naissantes, qui réalise ce
que A. O. Lovejoy définit comme la temporalisation de la
« chaîne de l’être » stoïcienne et néoplatonicienne
72
. Et sous cet
aspect, les Éléments offrent des motifs d’intérêt particulier à
l’historien de la pensée scientifique des Lumières.
Diderot élabore son idée de nature, notamment l’idée de la
nature humaine et une image de la science qui lui est propre, on
l’a vu, dans l’usine conceptuelle des deux naturalistes majeurs de
son siècle: Buffon et Maupertuis. Il vise cependant à dégager de
dans son essence. – L’Unité du Principe Vital est établie par divers faits. Les
notions abstraites et les expressions générales des causes qu’on établit dans une
science de faits, ne peuvent être utiles que comme servant à classer les faits, et à
en combiner des analogies lumineuses. C’est ainsi que doit être regardé le Principe Vital. – Différence de la doctrine contenue dans cet Ouvrage d’avec celle
des Médecins qu’on a appelés Vitalistes ». Diderot suit cette dernière démarche.
71 Cf. le jugement précis de J. Roger, Les sciences de la vie cit., p. 672:
« Diderot n’a pas renoncé à une philosophie qu’il professait depuis trente ans.
Mais il paraît bien avoir renoncé à certaines tentations du vitalisme, pour en
revenir au mécanisme, qu’il n’avait jamais tout à fait abandonné, pour en revenir, surtout, à plus de rigueur rationnelle dans sa conception du monde, à plus de
sévérité dans l’utilisation des arguments scientifiques, à plus de prudence dans
la méthode. Il n’était plus temps de rêver: il fallait d’abord savoir ».
72 Cf. A. O. Lovejoy, The Great Chain of Being, a Study of the History of an
Idea, Cambridge-Massachusset, 1942, les apports, du stoïcisme, du néoplatonisme et de Leibniz concourent au même résultat, mais réinterprétés avec des
lunettes matérialistes, sous la perspective des nouvelles sciences de la vie.
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INTRODUCTION
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