zienne, d’ordre organique. Il préfère plutôt s’en remettre à l’expérience, à l’essai même – pas seulement à l’observation hippocratique –, sous l’inspiration d’anatomistes experts tels que
Haller qui travaille sur des modèles animaux, pratique la vivisection et l’intervention chirurgicale
69
. Dans les Éléments, la référence polémique à l’« âme », appelée une fois « cette pauvre
monade » (infra, p. 149) n’est pas le fait du hasard mais s’adresse
précisément aux vitalistes animistes qui aimaient considérer ce
« principe vital » comme un équivalent physico-empirique de la
monade de Leibniz. Diderot reconnaît aussi les limites du modèle
newtonien (Whytt et Barthez se déclaraient disciples de Newton)
et de ses principaux concepts théoriques (par exemple, l’actio in
distans), appliqués à la médecine. Ce sont des notions qu’il avait
pourtant bien reçues dans ses écrits précédents (Interprétation et
Principes philosophiques sur la matière et le mouvement). Les
difficultés méthodologiques d’extension du concept d’action à
distance à la physiologie deviennent insurmontables. En effet, les
Éléments n’en font pas mention, ni du « principe vital » (sauf une
fois), ni de la force d’attraction comme de son équivalent phénoménal et opérationnel. Diderot affirme, à propos de la nature de
l’irritabilité:
Cette force d’irritabilité est différente de toute autre force
connue; c’est la vie, la sensibilité; elle est propre à la fibre
molle; elle s’affaiblit et s’éteint dans la fibre qui se racornit; elle
est plus grande dans la fibre unie au corps, que dans la fibre qui
en est séparée. Cette force ne dépend ni de la pesanteur, ni de
l’attraction, ni de l’élasticité (infra, p. 124, mes italiques).
Diderot en somme ne voulut pas se confronter à ce « principe
vital » que mêmes les vitalistes considéraient comme un
« énigme »
70
. Son approche restera hallerienne et essentiellement
69 D’une toute autre tendance est l’œuvre de Johann-Georg Zimmermann
(1728-1795), médecin suisse auteur d’un Traité de l’expérience en général et en
particulier dans l’art de guérir […] Traduit de l’allemand par M. Le Febvre de
V[illebrune], 3 vol., Paris, 1774 (1763
1 ), cité dans la liste de Diderot, qui représente une autre « mine » de renseignements pratiques, concernant les cas de
maladies nerveuses et de « crises des passions »; infra, p. 322 ss.
70 Cf. Barthez Nouveaux éléments cit., 2
e édition, Paris, 1806, vol. II,
pp. 201-202 (sur le chap. III, 2
e section): « Quoique pour une plus grande commodité, le Principe Vital soit dans cet Ouvrage constamment personnifié, on
peut y substituer la notion abstraite d’une simple faculté vitale qui est inconnue
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