mouvement vital et involontaire. Les mouvements involontaires
ne doivent pas être attribués à un principe différent de l’âme raisonnable, puisque certains de ces mouvements peuvent être à
l’occasion réglés par la volonté et contrôlés par elle »
66
. D’après
Diderot – qui partagea par ailleurs les opinions de Whytt dans la
querelle qui opposa les deux savants à propos du rapport irritabilité/sensibilité
67 – les mouvements réflexes comme les dérèglements des fonctions nerveuses, objet d’intérêt pour Whytt en ce
qui concerne l’étude de la nature, la fonction et la structure de la
sympathie des nerfs – n’étaient autre que les conséquences de
l’opération d’une propriété physique de l’organisme et de sa
matière: l’irritabilité-sensibilité conçue non pas comme un produit de l’action d’une « âme », mais comme une force physique
unique (infra, 3.4). Comme dans d’autres cas (Marat), Diderot
retranche l’animisme et le finalisme de l’écossais pour retenir
seulement les données expérimentales, très précises, qu’il réutilise contre l’interprétation animiste.
Pierre-Joseph Barthez (1734-1806) venait de publier les Nouveaux éléments de la science de l’homme (Montpellier, 1778). Il
est l’auteur qui fit connaître Whytt et sa perspective vitaliste à
Diderot. Son texte aura cependant une importance secondaire
dans la rédaction finale du manuscrit V. Le « principe vital » de
Whytt et Barthez n’est nommé qu’une fois et dans un contexte
secondaire (infra, p. 21: le froid de Russie arrive à « détruire le
principe vital »). Diderot l’interprète comme un simple phénomène physique observable ce qui pour les vitalistes était un véritable principe organisateur, un Arché relativement indépendant
et, d’une certaine façon, externe à la nature mécanique des
organes et du tout. Diderot ne mentionne jamais ouvertement
Barthez. Il connaît bien le danger qu’il y a à prendre en considération une telle « inconnue » ou « principe unique de la vie »
68
: on
pouvait glisser vers des qualités occultes ou des nouvelles
« natures plastiques » de matrice néoplatonicienne ou leibni66 Ibidem, p. 105.
67 Cf. Duchesneau, La Physiologie des Lumières cit., chap. VI. I: «Whytt.
La motricité vitale (mouvements ‘spontanés’) dépend d’une ‘sensibilité’ infraconsciente », pp.172-185; II: « Critique des thèses micro-mécanistes », pp. 185192.
68 P.-J. Barthez, Nouveaux éléments de la science de l’homme, Montpellier,
1778, p. 16.
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INTRODUCTION
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ne doivent pas être attribués à un principe différent de l’âme raisonnable, puisque certains de ces mouvements peuvent être à
l’occasion réglés par la volonté et contrôlés par elle »
66
. D’après
Diderot – qui partagea par ailleurs les opinions de Whytt dans la
querelle qui opposa les deux savants à propos du rapport irritabilité/sensibilité
67 – les mouvements réflexes comme les dérèglements des fonctions nerveuses, objet d’intérêt pour Whytt en ce
qui concerne l’étude de la nature, la fonction et la structure de la
sympathie des nerfs – n’étaient autre que les conséquences de
l’opération d’une propriété physique de l’organisme et de sa
matière: l’irritabilité-sensibilité conçue non pas comme un produit de l’action d’une « âme », mais comme une force physique
unique (infra, 3.4). Comme dans d’autres cas (Marat), Diderot
retranche l’animisme et le finalisme de l’écossais pour retenir
seulement les données expérimentales, très précises, qu’il réutilise contre l’interprétation animiste.
Pierre-Joseph Barthez (1734-1806) venait de publier les Nouveaux éléments de la science de l’homme (Montpellier, 1778). Il
est l’auteur qui fit connaître Whytt et sa perspective vitaliste à
Diderot. Son texte aura cependant une importance secondaire
dans la rédaction finale du manuscrit V. Le « principe vital » de
Whytt et Barthez n’est nommé qu’une fois et dans un contexte
secondaire (infra, p. 21: le froid de Russie arrive à « détruire le
principe vital »). Diderot l’interprète comme un simple phénomène physique observable ce qui pour les vitalistes était un véritable principe organisateur, un Arché relativement indépendant
et, d’une certaine façon, externe à la nature mécanique des
organes et du tout. Diderot ne mentionne jamais ouvertement
Barthez. Il connaît bien le danger qu’il y a à prendre en considération une telle « inconnue » ou « principe unique de la vie »
68
: on
pouvait glisser vers des qualités occultes ou des nouvelles
« natures plastiques » de matrice néoplatonicienne ou leibni66 Ibidem, p. 105.
67 Cf. Duchesneau, La Physiologie des Lumières cit., chap. VI. I: «Whytt.
La motricité vitale (mouvements ‘spontanés’) dépend d’une ‘sensibilité’ infraconsciente », pp.172-185; II: « Critique des thèses micro-mécanistes », pp. 185192.
68 P.-J. Barthez, Nouveaux éléments de la science de l’homme, Montpellier,
1778, p. 16.
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