projet pouvait devenir l’occasion de mettre à jour les préjugés
courants contre les femmes et leur « faiblesse » d’organisation.
Roussel ne fait pas exception à la règle anti-féministe
60
. Diderot,
au contraire, comme il le fit dans le compte-rendu (Sur les
femmes) de l’ouvrage de A.-L. Thomas, Essai sur le caractère,
les mœurs et l’esprit des femmes dans les différentes siècles
(Amsterdam, 1772), tout en partageant les présupposés organicistes et matérialistes d’approche, se meut en direction contraire,
vers la définition d’une « gynécopaidéia » qui étudie la formation
physique de la femme par un travail purement descriptif, visant à
comprendre les interactions subtiles des composants naturels de
l’organisation avec les variables culturelles et historiques qui s’y
ajoutent, pour constituer un cadre complet de la condition féminine et de sa « différence »
61
. Même si les Éléments offrent peu de
contextes utiles à ces considérations d’ordre culturel-anthropologique, qui restent assez marginales (au gré des descriptions physiques), les passages consacrés à la femme sont conçus en rapport
aux montpelliérains, Roussel et Thomas, et s’avèrent parmi les
plus intéressants
62
.
Les premiers auteurs cités dans la liste sont des contemporains, ceux que Diderot lut pour la première fois: le chirurgien et
chimiste écossais William Cullen (1710-1790) était l’auteur des
Institutions of Medicine. Part I. Physiology. For the use of students in the University (Edinburgh, 1777
2 ), que Diderot connut
60 On lit, au chap. IV, p. 124: « Des effets immédiats qui paraissent dériver
de l’organisation des parties sensibles de la femme. Un écrivain de ce siècle
[Montesquieu ou Helvétius], qui regarde l’esprit comme le résultat de la seule
éducation, et qui exclut l’organisation du nombre des causes qui peuvent le
modifier, nie aussi que la différence organique sur laquelle le sexe est fondé,
puisse avoir aucune influence sur la manière de sentir et de penser, parce que
quelques femmes se sont élevées au dessus du commun des hommes, et qu’il a
existé des Sapho et des Hipparchie […]. Comme nous n’avons l’honneur de
défendre aucune hypothèse, nous ne saurions avoir égard à ces exemples particuliers; mais nous nous en tiendrons aux probabilités qui résultent des faits
généralement et constamment observés » et Roussel conclut à la supériorité
organiques des hommes.
61 Cf. Diderot, Sur les femmes, dans Œuvres, éd. A. Billy, Paris, 1951,
pp. 949-958; M. Brini Savorelli, « Denis Diderot e la “différenza”», dans
Rivista di Filosofia, n° 1, 1995, pp. 125-143.
62 Infra, pp. 143, 208, 229 ss.,
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INTRODUCTION
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courants contre les femmes et leur « faiblesse » d’organisation.
Roussel ne fait pas exception à la règle anti-féministe
60
. Diderot,
au contraire, comme il le fit dans le compte-rendu (Sur les
femmes) de l’ouvrage de A.-L. Thomas, Essai sur le caractère,
les mœurs et l’esprit des femmes dans les différentes siècles
(Amsterdam, 1772), tout en partageant les présupposés organicistes et matérialistes d’approche, se meut en direction contraire,
vers la définition d’une « gynécopaidéia » qui étudie la formation
physique de la femme par un travail purement descriptif, visant à
comprendre les interactions subtiles des composants naturels de
l’organisation avec les variables culturelles et historiques qui s’y
ajoutent, pour constituer un cadre complet de la condition féminine et de sa « différence »
61
. Même si les Éléments offrent peu de
contextes utiles à ces considérations d’ordre culturel-anthropologique, qui restent assez marginales (au gré des descriptions physiques), les passages consacrés à la femme sont conçus en rapport
aux montpelliérains, Roussel et Thomas, et s’avèrent parmi les
plus intéressants
62
.
Les premiers auteurs cités dans la liste sont des contemporains, ceux que Diderot lut pour la première fois: le chirurgien et
chimiste écossais William Cullen (1710-1790) était l’auteur des
Institutions of Medicine. Part I. Physiology. For the use of students in the University (Edinburgh, 1777
2 ), que Diderot connut
60 On lit, au chap. IV, p. 124: « Des effets immédiats qui paraissent dériver
de l’organisation des parties sensibles de la femme. Un écrivain de ce siècle
[Montesquieu ou Helvétius], qui regarde l’esprit comme le résultat de la seule
éducation, et qui exclut l’organisation du nombre des causes qui peuvent le
modifier, nie aussi que la différence organique sur laquelle le sexe est fondé,
puisse avoir aucune influence sur la manière de sentir et de penser, parce que
quelques femmes se sont élevées au dessus du commun des hommes, et qu’il a
existé des Sapho et des Hipparchie […]. Comme nous n’avons l’honneur de
défendre aucune hypothèse, nous ne saurions avoir égard à ces exemples particuliers; mais nous nous en tiendrons aux probabilités qui résultent des faits
généralement et constamment observés » et Roussel conclut à la supériorité
organiques des hommes.
61 Cf. Diderot, Sur les femmes, dans Œuvres, éd. A. Billy, Paris, 1951,
pp. 949-958; M. Brini Savorelli, « Denis Diderot e la “différenza”», dans
Rivista di Filosofia, n° 1, 1995, pp. 125-143.
62 Infra, pp. 143, 208, 229 ss.,
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