m’est évident que nous verrions tous les phénomènes s’exécuter
par des lois rigoureusement géométriques, auxquels le principe
conservateur ou plutôt ordonnateur, régulateur de l’univers, serait
rigoureusement soumis; car qu’importe qu’il y ait ou qu’il n’y ait
aucun corps parfaitement régulier, aucun parfaitement semblable,
les actions et les réactions, quel que soit leur nombre, leur énergie, n’en sont pas moins géométriques. L’assertion contraire n’est
pas assez réfléchie, pas assez philosophique
2 .
***
On ne peut rien prononcer sur la marche d’un phénomène
compris entre une seule cause et un seul effet; parce qu’il ne peut
être que le résultat d’une infinité de causes et la cause d’une infinité d’effets
3 .
***
2 Fragment qui rappelle les arguments soulevés dans la Lettre sur les
aveugles (1749) et les Principes philosophiques sur la matière et le mouvement
(1770), dans DPV, XVII, p. 18: « Mais j’arrête mes yeux sur l’amas général des
corps; je vois tout en action et en réaction; tout se détruisant sous une forme,
tout se recomposant sous une autre, des sublimations, des dissolutions, des combinaisons de toutes les espèces, phénomènes incompatibles avec l’homogénéité
de la matière: d’où je conclus qu’elle est hétérogène; qu’il existe une infinité
d’éléments divers dans la nature; que chacun de ses éléments par sa diversité a
sa force particulière innée, immuable, éternelle, indestructible; et que ces forces
intimes au corps ont leurs actions hors du corps; d’où naît le mouvement ou plutôt la fermentation générale dans l’univers ».
3 Cf. Pensées sur l’interprétation de la nature, dans DPV, IX, pp. 61, 8893: « Sans prétendre donc que l’attraction constitue dans le plein la dureté et
l’élasticité, telles que nous les y remarquons, n’est-il pas évident que cette propriété de la matière suffit seule pour les constituer dans le vide, et donner lieu a
la raréfaction, à la condensation et à tous les phénomènes qui en dépendent?
Pourquoi donc ne serait-elle pas la cause première de ces phénomènes dans
notre système général, où une infinité de causes qui la modifieraient, feraient
varier à l’infini la quantité de ces phénomènes dans les systèmes ou corps élastiques particuliers? […]. Supposez une molécule déplacée, elle ne s’est point
déplacée d’elle- même; la cause de son déplacement a une autre cause; celle-ci,
une autre, et ainsi de suite, sans qu’on puisse trouver de limites naturelles aux
causes dans la durée qui a précédé. Supposez une molécule déplacée, ce déplacement aura un effet; cet effet, un autre effet, et ainsi de suite, sans qu’on puisse
trouver de limites naturelles aux effets dans la durée qui suivra […]. J’ai joint
les combinaisons de l’art à celles de la nature, parce qu’entre une infinité de faits
que nous ignorons, et que nous ne saurons jamais, il en est un qui nous est
encore caché »; cette proposition pourrait bien se concevoir comme une devise
de la philosophie de la complexité, propre à Diderot.
374
APPENDICE A
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 374
par des lois rigoureusement géométriques, auxquels le principe
conservateur ou plutôt ordonnateur, régulateur de l’univers, serait
rigoureusement soumis; car qu’importe qu’il y ait ou qu’il n’y ait
aucun corps parfaitement régulier, aucun parfaitement semblable,
les actions et les réactions, quel que soit leur nombre, leur énergie, n’en sont pas moins géométriques. L’assertion contraire n’est
pas assez réfléchie, pas assez philosophique
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On ne peut rien prononcer sur la marche d’un phénomène
compris entre une seule cause et un seul effet; parce qu’il ne peut
être que le résultat d’une infinité de causes et la cause d’une infinité d’effets
3 .
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2 Fragment qui rappelle les arguments soulevés dans la Lettre sur les
aveugles (1749) et les Principes philosophiques sur la matière et le mouvement
(1770), dans DPV, XVII, p. 18: « Mais j’arrête mes yeux sur l’amas général des
corps; je vois tout en action et en réaction; tout se détruisant sous une forme,
tout se recomposant sous une autre, des sublimations, des dissolutions, des combinaisons de toutes les espèces, phénomènes incompatibles avec l’homogénéité
de la matière: d’où je conclus qu’elle est hétérogène; qu’il existe une infinité
d’éléments divers dans la nature; que chacun de ses éléments par sa diversité a
sa force particulière innée, immuable, éternelle, indestructible; et que ces forces
intimes au corps ont leurs actions hors du corps; d’où naît le mouvement ou plutôt la fermentation générale dans l’univers ».
3 Cf. Pensées sur l’interprétation de la nature, dans DPV, IX, pp. 61, 8893: « Sans prétendre donc que l’attraction constitue dans le plein la dureté et
l’élasticité, telles que nous les y remarquons, n’est-il pas évident que cette propriété de la matière suffit seule pour les constituer dans le vide, et donner lieu a
la raréfaction, à la condensation et à tous les phénomènes qui en dépendent?
Pourquoi donc ne serait-elle pas la cause première de ces phénomènes dans
notre système général, où une infinité de causes qui la modifieraient, feraient
varier à l’infini la quantité de ces phénomènes dans les systèmes ou corps élastiques particuliers? […]. Supposez une molécule déplacée, elle ne s’est point
déplacée d’elle- même; la cause de son déplacement a une autre cause; celle-ci,
une autre, et ainsi de suite, sans qu’on puisse trouver de limites naturelles aux
causes dans la durée qui a précédé. Supposez une molécule déplacée, ce déplacement aura un effet; cet effet, un autre effet, et ainsi de suite, sans qu’on puisse
trouver de limites naturelles aux effets dans la durée qui suivra […]. J’ai joint
les combinaisons de l’art à celles de la nature, parce qu’entre une infinité de faits
que nous ignorons, et que nous ne saurons jamais, il en est un qui nous est
encore caché »; cette proposition pourrait bien se concevoir comme une devise
de la philosophie de la complexité, propre à Diderot.
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APPENDICE A
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