APPENDICE A
AUTOGRAPHE SUR LA PHYSIOLOGIE
[FRAGMENTS D’«HISTOIRE NATURELLE
ET EXPÉRIMENTALE DE L’HOMME»]
(Ms. B.N. n. a. fr. 24932)
C’est qu’il n’y a ni bien ni mal absolu dans le tout; c’est que
supposer dans le tout un mélange de bonnes et de mauvaises lois,
pour en déduire le bien ou le mal des individus, c’est une absurdité. Le bien et le mal ne peut se dire non plus de l’univers que
d’une machine particulière, où il y aurait une partie qui en fatiguerait une autre. On partirait plutôt de ce principe pour en
déduire la perfection de l’ouvrage et de l’ouvrier
1 .
Des attributs
Si la somme peut-être infinie, de la multitude peut-être infinie
des molécules de la nature nous était parfaitement connue, il
1 Cf. Introduction aux grands principes (1764), AT, II, p. 85: « LE SAGE.
Que croyez-vous de l’origine du mal? LE PROSELYTE. Je ne dirais pas avec
Pope que tout est bien. Le mal existe et il est une suite nécessaire des lois générales de la nature* et non l’effet d’une ridicule pomme. Pour que le mal ne fût
pas, il faudrait que ces lois fussent différentes. Je dirais de plus que j’ai fait plusieurs fois mon possible pour concevoir un monde sans mal, et que je n’ai
jamais pu y parvenir*». Diderot note: «*Le mal tient au bien même; on ne pourrait ôter l’un sans l’autre; et ils ont tous les deux leur source dans les mêmes
causes (...). Quant au mal moral, qui n’est autre chose que le vice ou la préférence de soi aux autres, il est un effet nécessaire de cet amour-propre, si essentiel à notre conservation, et contre lequel de faux raisonneurs ont tant déclamé.
Pour qu’il n’y ait point de vices sur la terre, c’est aux législateurs à faire que les
hommes n’y trouvent aucun intérêt »; on pourrait lire ici une réponse aux thèses
leibniziennes de Robinet, De la nature (1761-1766) cit., que Diderot venait de
lire; supra, Partie I, notes 8 et 42.
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 373
AUTOGRAPHE SUR LA PHYSIOLOGIE
[FRAGMENTS D’«HISTOIRE NATURELLE
ET EXPÉRIMENTALE DE L’HOMME»]
(Ms. B.N. n. a. fr. 24932)
C’est qu’il n’y a ni bien ni mal absolu dans le tout; c’est que
supposer dans le tout un mélange de bonnes et de mauvaises lois,
pour en déduire le bien ou le mal des individus, c’est une absurdité. Le bien et le mal ne peut se dire non plus de l’univers que
d’une machine particulière, où il y aurait une partie qui en fatiguerait une autre. On partirait plutôt de ce principe pour en
déduire la perfection de l’ouvrage et de l’ouvrier
1 .
Des attributs
Si la somme peut-être infinie, de la multitude peut-être infinie
des molécules de la nature nous était parfaitement connue, il
1 Cf. Introduction aux grands principes (1764), AT, II, p. 85: « LE SAGE.
Que croyez-vous de l’origine du mal? LE PROSELYTE. Je ne dirais pas avec
Pope que tout est bien. Le mal existe et il est une suite nécessaire des lois générales de la nature* et non l’effet d’une ridicule pomme. Pour que le mal ne fût
pas, il faudrait que ces lois fussent différentes. Je dirais de plus que j’ai fait plusieurs fois mon possible pour concevoir un monde sans mal, et que je n’ai
jamais pu y parvenir*». Diderot note: «*Le mal tient au bien même; on ne pourrait ôter l’un sans l’autre; et ils ont tous les deux leur source dans les mêmes
causes (...). Quant au mal moral, qui n’est autre chose que le vice ou la préférence de soi aux autres, il est un effet nécessaire de cet amour-propre, si essentiel à notre conservation, et contre lequel de faux raisonneurs ont tant déclamé.
Pour qu’il n’y ait point de vices sur la terre, c’est aux législateurs à faire que les
hommes n’y trouvent aucun intérêt »; on pourrait lire ici une réponse aux thèses
leibniziennes de Robinet, De la nature (1761-1766) cit., que Diderot venait de
lire; supra, Partie I, notes 8 et 42.
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